Article

À Toulouse, PADDEL confrontera les tumeurs du poumon aux cartes de pollution

Le CHU de Toulouse croisera les profils moléculaires de cancers bronchiques avec des données sur l’air et l’eau pour étudier le rôle de certains polluants.

Illustration - Tumeurs et cartes de pollution

Le CHU de Toulouse pilotera pendant dix-huit mois une étude réunissant plusieurs établissements hospitaliers et de recherche français autour d’une question difficile : certains polluants sont-ils associés à des profils particuliers de cancers du poumon ? Le projet PADDEL croisera des cohortes de patients associant des données moléculaires sur les tumeurs à des informations géographiques, avec des données sur la contamination de l’air et de l’eau.

Les chercheurs ne compareront donc pas seulement le nombre de cancers entre territoires. Ils examineront si des indicateurs d’exposition aux pesticides, aux PFAS ou aux perturbateurs endocriniens apparaissent plus souvent chez des patients présentant certaines altérations moléculaires. Cette approche considère le cancer du poumon comme un ensemble de tumeurs biologiquement différentes, plutôt que comme une maladie uniforme.

PADDEL s’appuie sur COALA, un réseau de quinze équipes coordonné par le CHU de Toulouse et financé par l’Institut national du cancer pour la période 2024-2029. Le projet associe notamment l’Institut Curie, l’AP-HP, le CHU de Lille et Atmo Occitanie, chargée d’apporter son expertise sur les données de qualité de l’air. À Toulouse, les équipes réuniront ainsi des données cliniques, moléculaires et environnementales jusque-là séparées.

Le tabac demeure responsable d’environ 80 % des cancers du poumon en France, tandis que la pollution atmosphérique est reconnue comme cancérogène pour l’être humain. Le Centre international de recherche sur le cancer classe aussi le PFOA, une substance de la famille des PFAS, comme cancérogène. L’association entre ces polluants et des altérations précises des tumeurs pulmonaires reste toutefois inconnue. PADDEL cherchera à l’étudier.

Le projet utilisera uniquement des données existantes, sans lancer de nouvelle campagne de mesures. Une adresse ne suffit pourtant pas à reconstituer une exposition : les patients déménagent, travaillent ailleurs et peuvent développer un cancer plusieurs décennies après le contact avec un polluant. Les séries environnementales ne remontent pas toujours aussi loin, et le tabagisme ou les expositions professionnelles peuvent brouiller les associations observées. Le travail consistera donc moins à superposer deux cartes qu’à rendre leur comparaison statistiquement solide.

PADDEL fait partie des quatre lauréats retenus en 2026 par la Plateforme des données de santé et le programme Green Data for Health. Comme chacun des projets sélectionnés, il bénéficiera pendant dix-huit mois de 115 000 euros de financement et de 20 000 euros de prestations d’accompagnement. Les présentations publiques ne précisent pas encore le nombre de patients étudiés ni la liste détaillée des bases qui seront appariées.

La sélection ne constitue donc pas un résultat médical, mais le financement d’une méthode à construire. Les équipes toulousaines devront identifier les bonnes données, harmoniser leurs échelles géographiques et temporelles, puis les rapprocher des profils des tumeurs. Au CHU de Toulouse, les dix-huit prochains mois serviront à harmoniser, apparier puis analyser ces jeux de données.

Sources consultées
  1. CHU de ToulouseProjet Paddel, lauréat de l’appel à projets « La donnée en santé-environnement pour la recherche et l’innovation »
  2. Plateforme des données de santéQuatre projets lauréats pour mieux comprendre l’impact de l’environnement sur la santé
  3. Plateforme des données de santé4e édition de l’appel à projets portant sur le croisement de données de santé et environnementales
  4. Réseau COALACOALA’s PADDEL project wins national support for innovative health-environment research
  5. Institut national du cancerÉpidémiologie des cancers du poumon
  6. Centre international de recherche sur le cancerIARC Monographs evaluate the carcinogenicity of PFOA and PFOS