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À Blagnac, un ATR apprend à devenir bombardier d’eau

Le premier flotteur du FF72 prend forme. À Blagnac, Positive Aviation transforme un ATR 72 en bombardier d’eau amphibie, avec des essais encore à venir.

Illustration - ATR bombardier d’eau sur flotteurs

Dans le hangar H16 de l’aéroport Toulouse-Blagnac, un ATR 72 est en cours de transformation. Positive Aviation veut en faire le FF72, un bombardier d’eau capable de se poser sur une piste comme de remplir ses réservoirs en frôlant un lac ou la mer. Son premier flotteur est désormais en fabrication chez Multiplast, à Vannes. Ses éléments composites doivent ensuite être assemblés au technocentre Airbus de Nantes. La Dépêche du Midi situe leur transfert au 23 juillet, une date qui n’est pas confirmée par les industriels.

Ce flotteur résume la méthode du projet. Positive Aviation ne construit pas un avion depuis une feuille blanche: elle part d’ATR 72 d’occasion et cherche à conserver leur structure, leurs systèmes, leurs moteurs et leur réseau de maintenance. L’entreprise affirme que 80 % des pièces de structure et 90 % des pièces de systèmes resteraient issues de l’ATR. Les flotteurs, eux, intégreraient le train d’atterrissage, fixé à l’arrière sur les attaches existantes et à l’avant sur une nouvelle interface renforcée.

Cette réutilisation peut raccourcir le développement, mais elle ne simplifie pas le contact avec l’eau. Chacun des deux flotteurs doit mesurer environ 17 mètres et peser 1,2 tonne. Pendant l’écopage, à près de 180 km/h, il devra supporter les chocs répétés contre la surface, maintenir l’avion stable dans les vagues, résister à la corrosion et alimenter les écopes sans pénaliser excessivement le vol. Multiplast connaît ces contraintes de masse, de rigidité et de « slamming », le choc violent de l’eau contre une coque, grâce aux multicoques de course fabriqués dans ses ateliers.

La fabrication fait désormais passer le projet des calculs à une structure assemblable. Elle ne valide toutefois aucune des performances annoncées. Positive Aviation vise une capacité de 8 000 litres, remplie en moins de douze secondes, un premier vol en 2026 et une disponibilité opérationnelle à partir de 2028. Le démonstrateur n’a encore ni volé ni écopé. Son premier flotteur prouve que la chaîne industrielle s’organise, pas encore que l’ATR amphibie saura travailler sur l’eau.

La Sécurité civile française dispose de douze Canadair, âgés en moyenne de 28 ans selon le rapport budgétaire du Sénat. L’État a commandé deux appareils supplémentaires en juin 2026, pour près de 200 millions d’euros. Le FF72 ne remplace pas ce programme public: il cherche une autre voie, fondée sur des cellules déjà disponibles et sur une chaîne aéronautique largement existante.

L’architecture et le démonstrateur se concentrent à Blagnac, les grandes pièces composites sont fabriquées à Vannes et leur assemblage doit se faire à Nantes. Les essais devront ensuite dire si l’ATR installé dans le hangar H16 peut tenir sur l’eau, écoper, puis parvenir à s’en arracher.

Sources consultées
  1. Positive AviationWho we are
  2. Positive AviationOur FF72 family
  3. MultiplastNewsletter 05-2026
  4. MultiplastNewsletter 05 2025
  5. Ministère de l’IntérieurFeux de forêt : mieux prévenir, mieux combattre, mieux reconstruire
  6. SénatProjet de loi de finances pour 2026 : Sécurité civile