
Sur le campus de Rangueil, le trajet imaginé est court : les eaux usées d’un bâtiment d’enseignement seraient filtrées, conduites jusqu’aux jardins agroécologiques voisins, puis utilisées pour cultiver des fruits et légumes destinés à l’épicerie solidaire Le Petit Sab’lé.
Présenté en 2026 sous le nom de « Boucle Solidaire », ce projet s’appuie sur FiltrOCampus, une plateforme expérimentale installée à Toulouse en 2022. Mais l’eau ne parcourt pas encore les derniers mètres jusqu’au potager. Après son passage dans les filtres, elle n’est pas collectée et repart dans le réseau d’eaux usées. Des micro-organismes pathogènes peuvent encore y être présents.
Les filtres plantés ne sont pas une invention toulousaine récente. L’eau traverse un substrat où plantes, bactéries et petits invertébrés participent à la dégradation des polluants. Le procédé réclame peu d’énergie, mais il peut se colmater, occuper beaucoup d’espace et produire une eau de qualité variable. Or l’irrigation de cultures alimentaires exige une eau conforme aux seuils sanitaires de façon constante.
FiltrOCampus sert précisément à mettre ces filtres à l’épreuve avec de véritables effluents du campus. Une étude publiée en 2025 a testé l’ajout de trois espèces de vers de terre dans des unités expérimentales de 0,2 m². Leur présence a légèrement retardé la baisse de conductivité hydraulique, signe d’un colmatage un peu plus lent, et accru de 65 % l’abondance totale des gènes bactériens dans le substrat.
L’eau ne ressortait pourtant pas sensiblement mieux débarrassée de la matière organique ou de l’azote que dans les filtres témoins. Les vers améliorent certains rouages du système, sans transformer à eux seuls ses performances d’épuration. Ce résultat mitigé est utile : il évite de confondre biodiversité supplémentaire et efficacité automatiquement supérieure.
La nouvelle étape consiste à compléter le traitement. Le projet toulousain prévoit une seconde filtration faisant intervenir du sable et du charbon afin de mieux retenir les particules, certains micro-organismes et des polluants chimiques. La température, l’humidité et le biofilm sont également suivis en temps réel pour mieux comprendre le fonctionnement du filtre.
Cette combinaison réunit sur quelques parcelles le Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement, le Laboratoire de génie chimique et l’Institut de recherche en informatique de Toulouse. L’écologie décrit le milieu vivant, le génie des procédés mesure l’épuration et l’informatique surveille le comportement du filtre. La difficulté n’est plus seulement de faire pousser des plantes dans des eaux usées, mais de produire un système mesurable, réglable et assez fiable pour alimenter un usage réel d’irrigation.
L’université ne publie pas encore de résultats sanitaires montrant que l’eau peut irriguer des cultures alimentaires. À Rangueil, la prochaine étape tient en quelques mètres : ceux qui séparent encore FiltrOCampus des jardins situés devant le bâtiment 4R1.
Sources consultées
- Faculté sciences et ingénierie, Université de ToulouseLa Boucle Solidaire à l’Université de Toulouse
- Bioresource Technology ReportsEarthworm-assisted constructed wetlands: A multidisciplinary investigation of organic matter and nitrogen removal using hydrodynamic, metagenomic, and water quality approaches
- Université de ToulouseTransition écologique sur le campus de Rangueil : la plateforme de filtres bioinspirés prochainement inaugurée