À la clinique spatiale de MEDES, sur le site du CHU de Toulouse Rangueil, dix hommes en bonne santé participent à BRAHMS, une étude du CNES qui simule une situation redoutée des vols spatiaux longs : un corps privé de pesanteur et presque privé de nourriture.
Le protocole tient en quelques chiffres. Les volontaires passent dix jours couchés tête en bas, à -6 degrés, avec un apport limité à 250 kcal par jour. L’étude dure vingt jours au total, avec cinq jours de mesures avant l’alitement, dix jours d’alitement et de jeûne, puis cinq jours de réalimentation et de récupération. Un suivi est prévu ensuite. Le corps ne flotte pas, mais il reçoit certains signaux proches de la micropesanteur : les fluides remontent vers le haut, les muscles travaillent moins, l’équilibre cardiovasculaire se dérègle, les repères sensoriels changent.
L’intérêt de BRAHMS est d’ajouter à ce modèle une deuxième contrainte, plus brutale : le manque d’énergie. Pour une mission lointaine, la nourriture n’est pas seulement une affaire de menu. Elle ajoute de la masse au véhicule, prend du volume, doit se conserver, rester acceptable pour l’équipage et dépend de systèmes de support de vie ou de ravitaillements qui peuvent connaître des pannes. Les agences savent nourrir des astronautes en orbite basse. Un équipage plus éloigné de la Terre dispose de moins de marges.
Le problème scientifique devient vite difficile. Quand un volontaire perd de la masse maigre, réagit moins bien à la station debout, dort mal, a faim ou voit son microbiote changer, quelle part vient de l’alitement, quelle part vient de la restriction calorique, et que produit leur combinaison ? BRAHMS cherche à observer ces effets ensemble. Le critère principal porte sur la masse maigre, mesurée notamment par DEXA. Les examens suivent aussi le système cardiovasculaire, les muscles, les os, le métabolisme, l’immunité, la cognition, la perception et l’état psychologique. Douze équipes scientifiques françaises sont associées à l’étude.
L’alitement tête en bas n’est pas nouveau. L’Agence spatiale européenne le présente comme un analogue terrestre reconnu pour étudier les déplacements de fluides et la décharge du système musculo-squelettique en micropesanteur. MEDES en a fait l’une de ses spécialités à Toulouse, avec des campagnes d’alitement, d’immersion sèche et de test de contre-mesures comme l’exercice, la nutrition ou la gravité artificielle.
L’ancrage haut-garonnais compte pour cette raison. BRAHMS existe à Toulouse parce que le territoire réunit une agence spatiale, le CADMOS du CNES, une clinique spécialisée, un site hospitalier universitaire et des équipes habituées aux protocoles où chaque geste compte. Le CADMOS prépare et suit des expériences en micropesanteur depuis le Centre spatial de Toulouse. MEDES transforme ces questions en études cliniques surveillées, sur des volontaires humains, avec accès aux équipements biomédicaux du CHU.
Les résultats ne sont pas encore publiés. BRAHMS reste une étude pilote sur dix volontaires masculins, pas une solution prête pour Mars. Son intérêt est plus précis : produire, à Toulouse, des données sur une zone inconfortable de l’exploration spatiale, celle où le corps doit rester fonctionnel quand la nourriture manque et que la pesanteur ne l’aide plus.
Sources consultées
- MEDESC’est parti pour l’étude clinique BRAHMS Alitement & Jeûne
- ClinicalTrials.govBRAHMS: Bed Rest And HypoMetabolism Study
- MEDESClinique spatiale
- CNESCADMOS
- ESA Exploration ScienceBedrest Studies
- NASARisk of Inadequate Food and Nutrition Causing Decrements in In-Mission Health and Performance and Long-term Health