Article

Dans la vallée de la Lèze, protéger ne veut plus toujours dire construire

Le SMIVAL lance 216 000 € d’études pour décider où protéger les berges, où laisser passer l’eau et quand renoncer aux travaux.

Berges de la Lèze en crue

Dans la vallée de la Lèze, une partie de la prévention des crues se joue désormais sur des objets modestes : une berge qui recule, un passage sous route, un merlon de terre qui retient l’eau au mauvais endroit. Le SMIVAL, le syndicat de la vallée, lance un marché d’études estimé à 216 000 € HT pour examiner ces points sensibles dans le cadre du PAPI Lèze 2024-2030.

L’appel d’offres porte sur trois actions : protéger des sites vulnérables à l’érosion des berges, étudier des points noirs hydrauliques, et repérer les merlons qui pourraient être ouverts ou arasés pour redonner de la place aux crues. L’accord-cadre est plafonné à 260 000 €. Les offres doivent être déposées avant le 21 août 2026 à midi. L’avis prévoit un démarrage au 23 septembre 2026, avec huit mois d’études pour les deux premiers volets et douze mois pour celui des merlons.

Côté haut-garonnais, Saint-Sulpice-sur-Lèze et Labarthe-sur-Lèze sont directement citées parmi les communes où des habitations sont menacées par l’érosion de berge. Le dossier mentionne aussi Saint-Ybars, en Ariège. Pour ces trois sites, le marché pose une règle très parlante : si les travaux envisagés coûtent moins que la valeur des biens à protéger, ils pourront être lancés plus tard. Si ce n’est pas le cas, un processus d’acquisition amiable devra être engagé et le financement repensé.

Cette arithmétique peut sembler froide. Elle est pourtant au cœur de la prévention des inondations : tout ne peut pas être défendu de la même manière, partout, à n’importe quel prix. Sur certains points noirs hydrauliques, il s’agira peut-être d’entretien, de surveillance ou de recalibrage. Sur les merlons, l’étude devra identifier des tronçons où une ouverture reconnecterait le lit majeur de la rivière sans aggraver le risque pour les personnes et les biens, avec des propriétaires ou exploitants volontaires.

La Lèze impose ce travail fin. Le SMIVAL intervient sur 30 communes, entre Haute-Garonne et Ariège, dans un bassin marqué par la crue de juin 2000. Autour de Saint-Sulpice-sur-Lèze, 135 mm de pluie étaient tombés entre le soir du 9 juin et le matin du 10 juin. Les ruptures de berges, les remblais routiers et la forme de la plaine avaient aggravé les submersions, notamment vers Lagardelle et Labarthe, où l’eau a parfois eu du mal à revenir vers la rivière.

Depuis, le syndicat a cherché des réponses collectives. Mais le rapport d’activité 2023 du SMIVAL indique que l’État et la Région Occitanie ont donné des avis défavorables à la stratégie d’ouvrages collectifs structurants. Le programme 2024-2030 a donc été bâti autrement : 38 actions pour 18 millions d’euros, dont 1,9 million sous maîtrise d’ouvrage du SMIVAL, avec une réorientation vers des mesures plus locales et individuelles.

Ce marché raconte ce virage sans grands mots. La prévention des crues n’y prend pas la forme d’un mur continu, mais d’un tri patient entre les endroits à protéger, les obstacles à corriger, les zones où l’eau doit pouvoir s’étaler, et les biens qu’il serait peut-être déraisonnable de défendre par des travaux. Entre Saint-Sulpice-sur-Lèze et Labarthe-sur-Lèze, cela se jouera bientôt sur des berges, des buses, des routes et des merlons.

Sources consultées
  1. Francemarches, reprise de l’avis BOAMP n°26-61908Avis de marché : PAPI Lèze Programme d’Actions de Prévention du risque d’Inondation du bassin versant de la Lèze, études 6-1, 6-4 et 6-9
  2. SMIVALSMIVAL, qui sommes-nous ?
  3. SMIVALInondation de juin 2000
  4. SMIVALRapport d’activité 2023
  5. SMIVALProcès-verbal du comité syndical du 17 mars 2025