Article

À Francazal, Enbata doit prouver qu’un drone sait voir autant que voler

Aura M et Thales veulent équiper Enbata d’un radar AirMaster C. À Francazal, Aura Aero avance vers un drone MALE de renseignement.

Illustration - drone de renseignement toulousain

À Toulouse-Francazal, Aura Aero ajoute une pièce décisive à Enbata, son futur drone militaire de moyenne altitude et longue endurance. Sa branche défense Aura M a présenté à Eurosatory un nouveau design, puis annoncé avec Thales l’intégration du radar aéroporté AirMaster C et de solutions de guerre électronique.

Pour un drone de renseignement, cette différence compte. Voler longtemps ne suffit pas. Il faut voir, classer, transmettre et rester utile sur des missions qui peuvent mêler surveillance maritime, renseignement, relais de communication ou guerre électronique. Enbata entre donc dans une phase où la cellule de drone doit devenir une plateforme de capteurs.

Aura M annonce jusqu’à 55 heures d’endurance, 25 000 pieds d’altitude opérationnelle et 160 nœuds en croisière. L’entreprise met aussi en avant une capacité d’emport jusqu’à 1 050 kg, présentée dans son communiqué comme incluant carburant et charge mission. Le chiffre doit donc être lu comme une indication d’architecture générale, pas comme une charge utile indépendante déjà validée en opération.

Le choix industriel est plus parlant que le catalogue de performances. Enbata adopte un fuselage métallique volontairement simple, pensé pour la production, la maintenance et les réparations de terrain. Les ailes, les empennages et le nez utilisent des composites, notamment pour alléger l’appareil et intégrer les capteurs. Le drone est aussi conçu pour voyager dans un conteneur de 40 pieds, être projeté par A400M avec sa station sol, puis opérer depuis des pistes rudimentaires.

Le partenariat Thales rend ce pari plus concret. AirMaster C est un radar compact à antenne active, conçu pour la surveillance terrestre, maritime, côtière et aérienne. Thales le présente comme un équipement de moins de 20 kg, avec antenne et traitement intégrés dans une seule unité. Sur un drone MALE, ce type de radar compte parce qu’il limite la pénalité de masse et d’énergie tout en donnant à l’appareil une vraie fonction de veille.

Le contexte français pousse dans cette direction. En 2025, la Direction générale de l’armement a lancé des conventions de subvention avec Aura Aero, Daher, FLY-R, SE Aviation et Turgis Gaillard pour soutenir des démonstrateurs MALE dès 2026. La France cherche à rattraper un retard sur ces grands drones, longtemps occupé par les Reaper américains et par des programmes européens plus lents.

Pour Aura Aero, l’intérêt local est net. Après les avions Integral, ERA et la future Aura Factory, l’entreprise applique à la défense une compétence d’avionneur : concevoir une machine certifiable, maintenable, produisible et ouverte à de nouveaux systèmes. Le drone n’est pas seulement un virage militaire. C’est une manière d’utiliser à Francazal les mêmes muscles industriels, avec d’autres contraintes.

Le premier vol d’Enbata est annoncé pour 2026, avec une disponibilité visée en 2028. Aucune commande opérationnelle n’est encore annoncée et les performances restent celles d’un programme à démontrer. Le prochain seuil ne sera donc pas un autre visuel de salon, mais un vol, puis l’intégration effective des capteurs Thales sur une plateforme sortie de l’atelier toulousain.

Sources consultées
  1. AURA AEROAURA AERO and Thales are combining their expertise to strengthen French intelligence, surveillance, and reconnaissance (ISR) capabilities
  2. AURA AEROAURA M reveals the new design of ENBATA, its sovereign, certified multi-mission MALE drone
  3. ThalesAirMaster C multi-mode airborne surveillance radar
  4. Direction générale de l’armementBourget 2025 : La DGA accélère dans le domaine des drones
  5. Le MondeLa France lance une course dans les grands drones pour tenter de rattraper son retard