Osmos X installe à Toulouse son deuxième site pour développer Thorus, un véhicule de service orbital à propulsion plasma. L’annonce, publiée par AD’OCC le 11 juin, accompagne une levée de fonds récente de 5 millions d’euros et une dizaine de recrutements qualifiés attendus d’ici fin 2026.
Le mot “vaisseau” attire l’œil, mais l’objet visé est plus précis et plus intéressant : un remorqueur de satellites. Une fois le lanceur parti, un satellite n’est pas toujours exactement là où il devrait être. Il peut devoir rejoindre une orbite plus haute, changer de position, économiser son propre carburant, prolonger sa durée d’exploitation ou finir sa vie sans devenir un débris gênant. Thorus veut intervenir dans ce moment-là, après le décollage, quand l’espace devient une affaire de déplacement, de maintenance et de fin de vie.
Le créneau existe déjà. Des acteurs comme Exotrail ont testé des véhicules de transfert orbital, et les services en orbite intéressent autant les opérateurs commerciaux que les États. Osmos X dit viser un modèle multi-missions, avec un engin capable de rester plusieurs années en orbite et de servir plusieurs clients. La difficulté est économique autant que technique : si un véhicule ne peut faire qu’une mission, chaque opération reste lourde à rentabiliser.
Cette promesse repose sur la propulsion. Osmos X développe une technologie HPCR, pour High Power Cyclotron Resonance, héritée des sources d’ions à résonance cyclotron électronique utilisées au sol dans la recherche, l’industrie ou certaines applications médicales. Pour le lecteur, le paramètre utile est l’impulsion spécifique : plus elle est élevée, moins l’engin consomme de gaz pour produire sa capacité de manœuvre. L’entreprise revendique 5 000 secondes d’impulsion spécifique. Dans un dossier public de l’Open Space Innovation Platform de l’Agence spatiale européenne, elle décrit aussi des simulations à 8 000 secondes pour 15 kW, avec deux propulseurs de 250 mN.
Ce dossier donne surtout la bonne échelle de maturité. Il indique un départ à TRL 3, soit un stade encore proche de la preuve de concept. La feuille de route publiée par Osmos X prévoit un démonstrateur en orbite en 2027 avec SpaceLocker, de premiers propulseurs opérationnels en 2028, puis un véhicule Thorus vers 2030-2032. Aucune performance indépendante en vol n’est encore publiée.
Dans ce schéma, Toulouse a un rôle net. Bruz, près de Rennes, reste présenté par l’entreprise comme le cœur de R&D propulsion. Toulouse devient le hub “Orbital Services”, celui où les missions Thorus doivent être conçues, préparées et opérées. Ce n’est pas un détail de marketing territorial : la Haute-Garonne rassemble justement des ingénieurs système, des équipes d’opérations orbitales, des intégrateurs, des moyens d’essai et une culture satellite déjà installée.
Le chiffre des emplois, une dizaine à court terme, reste modeste. Mais il dit assez bien le type d’implantation : pas une usine, plutôt une table de conception et d’opérations placée au milieu d’un département qui sait déjà fabriquer, tester et piloter des objets spatiaux. En Occitanie, la filière revendique 14 000 emplois et plus de 400 entreprises dans le spatial. Osmos X vient y chercher moins un décor qu’un savoir-faire.
Le pari reste exigeant. Il faudra tenir les performances, gérer l’alimentation électrique, les matériaux, la compatibilité magnétique, l’extraction du faisceau et l’intégration à un véhicule capable de s’approcher d’autres objets en orbite. À Toulouse, la première preuve ne sera pas la formule “mobilité orbitale”. Ce sera un moteur qui fonctionne en vol, puis une mission capable de déplacer réellement un satellite après son lancement.
Sources consultées
- AD’OCCCommuniqué de presse – OSMOS X choisit Toulouse
- OSMOS XOSMOS X is opening its second office, in Toulouse
- OSMOS XProducts & Services
- ESA Open Space Innovation PlatformBreaking the limits of space transportation with an electro-plasmic technology that multiplies propulsion efficiency by 4
- Invest in OccitanieFilière Spatial
- La TribuneSpatial : Osmos X s’implante à Toulouse pour construire des vaisseaux spatiaux à propulsion plasma