En Haute-Garonne, la guerre au Moyen-Orient touche aussi l’aéronautique par des matières moins visibles que le carburant des avions. ToulÉco cite le cas de Gaches Chimie, groupe toulousain qui voit déjà remonter la pression par les cours des hydrocarbures et les tensions autour du détroit d’Ormuz.
L’entreprise n’est pas un acteur périphérique : elle fournit des produits chimiques et des services de supply chain à l’aéronautique, aux activités de défense, au spatial et aux mobilités. Son métier consiste justement à sécuriser des produits dont on parle peu mais dont les chaînes d’assemblage ont besoin : qualification de produits, sourcing, stockage réglementé, logistique, livraison en bord de chaîne.
La Haute-Garonne est particulièrement exposée parce que l’aéronautique n’y est pas une spécialité parmi d’autres. En 2022, la filière aérospatiale employait 70 400 salariés dans le département, soit 9,6 % de l’emploi total. Elle représentait aussi 52,2 % de l’emploi industriel haut-garonnais. Quand un choc mondial atteint les matières premières, il ne traverse donc pas seulement les comptes d’une grande entreprise. Il passe par tout un système local d’achats, de stocks, de qualification, de délais et de marges.
Toulouse ne fabrique pas seulement des avions au sens spectaculaire du terme, avec des ailes, des cockpits et des lignes d’assemblage. Elle fait vivre une économie de précision autour de l’avion : chimie, contrôle qualité, documentation réglementaire, logistique, maintenance, peinture, protection contre la corrosion. Dans cette chaîne, un produit ne se remplace pas au pied levé : il doit rester compatible avec les procédés industriels, les normes clients et les contraintes de sécurité.
Le choc actuel arrive sur une filière déjà en reprise tendue. L’Insee observait qu’en Occitanie, le chiffre d’affaires aérospatial avait encore progressé de 7 % en 2024, mais que l’emploi ne suivait presque plus, avec seulement 500 postes nets supplémentaires, soit +0,4 %. Les PME et ETI progressaient plus vite que les grands groupes en chiffre d’affaires, mais ce sont aussi elles qui absorbent le plus directement les avances de trésorerie, les achats plus chers et les stocks à financer. La Clé Publique avait déjà expliqué cette fragilité des sous-traitants aéronautiques toulousains.
La guerre au Moyen-Orient ajoute une couche différente : non plus seulement la difficulté de monter en cadence, mais la dépendance à des intrants mondialisés. Dans son enquête de conjoncture du premier trimestre 2026, la CCI Occitanie indique que près de 84 % des entreprises régionales interrogées estiment que le conflit aura une influence sur leur activité, et que plus d’une sur deux constate déjà des effets visibles. L’énergie arrive en tête, mais les intrants hors énergie, l’accès à certains produits et les délais d’approvisionnement sont aussi cités.
La lecture la plus solide n’est donc pas celle d’un retournement brutal de l’aéronautique toulousaine. Les carnets de commandes restent élevés. Mais la puissance locale de la filière a une contrepartie : plus un territoire est spécialisé, plus les chocs invisibles deviennent territoriaux. Une tension sur les hydrocarbures peut se retrouver, quelques semaines plus tard, dans un atelier de traitement de surface, un stock de produits chimiques ou une facture que la PME doit absorber avant d’être payée.
En Haute-Garonne, la guerre se voit rarement dans le ciel. Elle se lit plutôt dans les matières que l’on stocke, que l’on qualifie, que l’on transporte et que l’on applique, avant qu’un avion quitte Blagnac.
Sources consultées
- ToulÉcoEn Occitanie, la filière aéronautique touchée par la guerre au Moyen-Orient
- InseePour Toulouse et l’ex-région Midi-Pyrénées, l’importance de l’aérospatiale a triplé en 40 ans
- InseeFilière aéronautique et spatiale en Occitanie : l’activité progresse de 7 % en 2024 mais l’emploi marque le pas
- CCI OccitanieEnquête de conjoncture Occitanie – 1er trimestre 2026 Un climat économique fragilisé, fortement impacté par le conflit au Moyen-Orient
- Gaches ChimieGlobal Chemical Solutions