Toulouse consacre l’année 2026 aux 30 ans de l’inscription du canal du Midi au patrimoine mondial de l’Unesco. Expositions, balades, concerts, archives, visites sur l’eau : le programme annoncé par la Ville et la Métropole ne traite pas le canal comme une simple carte postale, mais comme une ligne encore active dans la ville.
Ce canal, les Toulousains le connaissent parfois trop bien. On le longe à vélo, on le traverse près de Matabiau, on marche sous ses platanes, on passe devant ses écluses sans toujours les regarder. L’anniversaire oblige à ralentir. Construit sous la conduite de Pierre-Paul Riquet entre 1667 et 1694, l’ouvrage devait relier l’Atlantique à la Méditerranée sans contourner la péninsule ibérique. L’Unesco rappelle l’ampleur du geste : 360 km navigables, 328 ouvrages, écluses, aqueducs, ponts ou tunnels, et une prouesse technique pensée aussi comme paysage.
La programmation toulousaine fonctionne mieux quand elle part de cette présence concrète. Le musée des Arts précieux Paul-Dupuy rassemble une histoire visuelle du canal, à partir de dessins, estampes, cartes postales, plans, photographies, médailles et faïences. À l’automne, le futur Noviciat, place de la Daurade, doit montrer les liens entre Toulouse et cette voie d’eau qui la côtoie depuis le XVIIe siècle. Les Archives municipales reviendront aussi sur l’âge des mariniers à Toulouse, de 1950 à 1980, avec des images de Jean Dieuzaide, André Cros, Jean Ribière ou Claude Sarrieu.
La scène la plus nette aura lieu sur l’eau. Du 1er au 3 juillet, le festival Convivencia, lui aussi trentenaire, installe son escale au port de l’Embouchure. Le 1er juillet à 18h30, une parade fluviale partira de l’écluse Bayard, face à Matabiau, avec la péniche de l’édition, le Chèvrefeuille, péniche historique du festival, la Vespa Cougourdon Orchestra et une œuvre installée avec les Abattoirs. La péniche remontera ensuite jusqu’au port de l’Embouchure. Ce n’est pas une animation posée devant un décor : c’est le canal qui sert de scène, de trajet et de caisse de résonance.
D’autres rendez-vous cherchent moins le spectaculaire que l’attention. Les Voix de Traverse proposent d’écouter les sons autour des Ponts-Jumeaux. Parcours d’architecture part de la capitainerie du port Saint-Sauveur pour regarder Toulouse depuis les chemins de halage. Une balade olfactive imaginée par Osmoart, avec Pierre Bénard Ségu, doit faire sentir le canal depuis le parvis de Brienne. Ces formats courts disent quelque chose de juste : un patrimoine urbain se transmet aussi par l’oreille, l’ombre, l’odeur, la marche et la façon de lever enfin les yeux sur un pont.
L’anniversaire tombe aussi pendant que le canal redevient un sujet d’aménagement. Toulouse Métropole rappelle la remise en valeur de l’écluse Saint-Pierre par VNF en 2025, l’aménagement du parvis de Brienne et la rénovation des bords du canal de Brienne dans le cadre du Grand Parc Canal. VNF insiste, de son côté, sur les usages actuels : tourisme fluvial, chemin de halage cyclable, alimentation en eau du territoire et adaptation au changement climatique.
Le canal du Midi n’a donc pas seulement un passé prestigieux. En 2026, Toulouse le remet à hauteur d’usage : une archive à ouvrir, une berge à parcourir, une scène à faire avancer, une infrastructure à entretenir. Le 1er juillet, depuis l’écluse Bayard jusqu’au port de l’Embouchure, cette histoire circulera encore une fois sur l’eau.