À Flourens, Erems vient d’inaugurer l’extension et la modernisation de son site industriel. La PME haut-garonnaise, spécialisée dans l’électronique embarquée pour le spatial et la défense, dispose désormais d’environ 4 000 m², dont 450 m² de salles blanches, et d’une nouvelle ligne automatique de câblage de cartes électroniques.
Dans l’imaginaire du spatial, l’attention se porte volontiers vers les fusées, les satellites ou les constellations. À Flourens, le sujet se situe plus bas dans la chaîne : produire des équipements très fiables en plus grand nombre, sans perdre la rigueur qui permet d’envoyer une carte électronique travailler pendant des années hors d’atteinte.
Erems est installée à Flourens, à l’est de Toulouse, et appartient depuis longtemps au tissu spatial toulousain. Créée en 1979, l’entreprise conçoit et réalise des équipements électroniques, des logiciels associés, des équipements au sol pour les essais et l’exploitation, ainsi que des bancs de test. Son site officiel décrit un travail sur cahier des charges, en petites séries, pour des environnements où la conception, la fabrication, l’essai et la documentation comptent autant que l’idée de départ.
C’est précisément ce modèle que les constellations bousculent. Le spatial institutionnel classique sait fabriquer quelques satellites très spécifiques. Les nouvelles architectures, qu’elles relèvent de l’observation, des télécommunications ou de la connectivité sécurisée, demandent des volumes plus répétitifs. IRIS², la future constellation européenne, est par exemple annoncée par la Commission européenne comme un ensemble multi-orbite de 290 satellites. À cette échelle, la question n’est pas seulement de concevoir un bon équipement. Il faut être capable de le refaire, de le tester, de le tracer et de le livrer avec une qualité constante.
L’investissement de Flourens se situe là. Selon Entreprises Occitanie et VIPress, il dépasse 10 millions d’euros, dont 6,7 millions pour les infrastructures et environ 3,5 millions pour la ligne de câblage automatique. Le site a aussi été réorganisé autour de salles blanches interconnectées, de zones de contrôle et d’espaces de test. La ligne nouvelle doit permettre d’assembler des composants plus complexes selon des procédés qualifiés pour le spatial.
En clair, Erems ne présente pas une découverte. Elle installe une capacité industrielle. C’est moins romanesque qu’un lancement, mais c’est le genre de pièce qui décide si une filière peut suivre ses ambitions. Dans le spatial, une carte électronique n’est pas une pièce banale : elle doit résister aux contraintes de mission, être contrôlée, documentée, parfois adaptée à des composants difficiles à qualifier, puis livrée dans des délais compatibles avec les programmes.
Cette actualité prolonge, côté spatial, une tension déjà visible dans l’aéronautique toulousaine. La Clé Publique a récemment raconté pourquoi la reprise des cadences ne soulage pas automatiquement les sous-traitants de Haute-Garonne. À Flourens, l’enjeu est voisin : la compétence locale ne se mesure pas seulement au nombre d’ingénieurs ou de grands donneurs d’ordre, mais aussi à la capacité des PME à absorber une production plus exigeante.
L’extension d’Erems figure parmi les opérations occitanes soutenues par France 2030 « Première usine », pour la production de systèmes électroniques destinés au spatial et à la défense. Le dispositif finance des projets d’implantation ou de production industrielle portés notamment par des start-ups et PME innovantes.
Les documents disponibles ne donnent pas de cadence cible ni de contrat nouveau directement rattaché à la ligne. L’annonce reste donc celle d’un changement d’échelle industriel, pas d’une percée technologique. Mais à Flourens, le spatial prend une forme très concrète : des salles blanches, une ligne automatique et des cartes électroniques qui doivent sortir plus régulièrement, avec assez de constance pour travailler en orbite.
Sources consultées
- Entreprises OccitanieÀ Flourens, EREMS investit plus de 10 millions d'euros pour changer d’échelle dans le spatial
- VIPressLe Toulousain Erems investit 10 M€ pour s’adapter aux besoins du New Space
- EremsLa société EREMS est spécialisée dans l'étude et la réalisation d'équipements électroniques et de logiciels associés
- Préfecture de région OccitanieBaromètre industriel de l’État
- European CommissionIRIS² | Secure Connectivity