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À Cazères, l’eau d’hiver passe sous terre pour attendre l’été

L’expérience R’Garonne a fait remonter la nappe de 4 mètres près de Cazères. Reste à vérifier si elle peut soutenir la Garonne en été.

Eau infiltrée sous la Garonne

En surface, dans la Garonne, une goutte d’eau file vers l’océan en une dizaine de jours. Infiltrée dans la nappe alluviale, près de Cazères, elle peut mettre environ un an pour parcourir quelques kilomètres. Le projet R’Garonne repose sur cette différence de vitesse. Il ne cherche pas seulement à stocker de l’eau. Il teste une manière de décaler l’eau dans le temps.

Le Département de la Haute-Garonne annonce les premiers résultats de cette expérimentation menée à Cazères-sur-Garonne, entre Cazères et Lavelanet-de-Comminges, par Réseau31 et le BRGM. La phase opérationnelle s’est achevée fin mai 2026. Le principe est simple à dire, beaucoup moins à réussir: prélever de l’eau en période favorable, via le canal de Saint-Martory, l’amener vers des fossés ou bassins d’infiltration, puis laisser la nappe alluviale la stocker et la faire circuler lentement vers la Garonne.

Le résultat mesuré est net. Lors des tests, l’infiltration a pu atteindre 350 litres par seconde. À proximité immédiate du bassin expérimental, un piézomètre a enregistré une remontée de la nappe de 4 mètres. Autour du site, 35 points de contrôle ont suivi l’évolution de la nappe, avec des relevés toutes les cinq minutes. Ce que l’on sait déjà, c’est donc que le sol local peut absorber beaucoup d’eau et créer une hausse mesurable de la nappe.

Ce que l’on ne sait pas encore complètement, c’est la part utile de cette eau au moment le plus attendu: l’été. Le rapport complet du BRGM est annoncé pour mars 2027. Il devra dire plus précisément combien d’eau infiltrée revient vers la Garonne, à quel rythme, avec quelle qualité, et dans quelles conditions cette méthode peut être reproduite ailleurs. C’est la frontière à garder en tête: la remontée de nappe est observée; le service rendu au fleuve doit encore être confirmé à l’échelle d’un déploiement.

Cette prudence rend le projet plus intéressant, pas moins. La difficulté de R’Garonne n’est pas de verser de l’eau dans le sol comme dans une citerne. Une nappe n’est pas un réservoir fermé. Elle circule, réagit aux saisons, échange avec les cours d’eau, se recharge surtout quand la végétation consomme moins d’eau, puis se vide naturellement au printemps et en été. L’expérience consiste donc à utiliser un comportement déjà présent dans le sous-sol, mais à le provoquer au bon endroit et au bon moment.

Le choix du canal de Saint-Martory donne aussi une autre lecture du dossier. Depuis 1886, ce canal fournit de l’eau à la plaine de Garonne entre Saint-Martory et Toulouse. Conçu d’abord pour l’irrigation, il sert aujourd’hui à plusieurs usages: eau potable, irrigation, industrie, environnement. Avec R’Garonne, il devient aussi un outil d’entrée vers une réserve invisible. Une infrastructure du XIXe siècle est mobilisée quand les étés demandent plus d’eau que le fleuve n’en donne facilement.

L’échelle explique l’attention portée à l’expérience. Le bassin Adour-Garonne pourrait connaître d’ici 2050 un déficit annuel de 1,2 milliard de mètres cubes d’eau. Les rivières y sont également exposées à une baisse des débits. Dans ce cadre, les premières extrapolations du Département évoquent 7 à 8 millions de mètres cubes infiltrables chaque hiver, dont 2 à 3 millions pourraient rejoindre la Garonne au moment le plus utile. Ces chiffres ne sont pas une promesse définitive. Ils donnent plutôt l’ordre de grandeur de la question: peut-on rendre l’hiver utile à l’été sans construire une grande réserve de surface?

La réponse, pour l’instant, tient en une phrase sobre: le sol a bien réagi, le fleuve doit encore confirmer. Si R’Garonne fonctionne, la Haute-Garonne n’aura pas inventé une source nouvelle. Elle aura trouvé une façon de faire travailler le sous-sol comme une infrastructure publique, lente, discrète, et peut-être précieuse quand la Garonne baisse.

Sources consultées
  1. Conseil départemental de la Haute-GaronneRésultats prometteurs pour l’expérimentation de recharge de la nappe de la Garonne
  2. Réseau31Démarrage de la première phase du projet R’Garonne
  3. Garonne AmontUn partenariat lancé pour l’action C.2.1. « Opération expérimentale de recharge maîtrisée de la nappe d’accompagnement de la Garonne »
  4. Réseau31Élaboration du contrat de canal de Saint-Martory
  5. BRGMEau souterraine, sécheresse et inondations: FAQ
  6. Agence de l’eau Adour-GaronneSécheresse intense: quels sont les risques et les stratégies de réponse?