Il est conçu pour voler jusqu’à 22 heures. Son premier essai, à Toulouse, a duré 3 h 43.
Le 2 juin, l’A350-1000ULR MSN 707 de Qantas a décollé de Toulouse-Blagnac avec des instruments de test à bord et une équipe Airbus aux commandes. L’avion est le premier des douze exemplaires commandés par la compagnie australienne pour Project Sunrise, le programme qui doit permettre des vols directs entre Sydney et Londres ou New York.
Le chiffre fait rêver les passagers pressés et les amateurs de cartes : près de 10 000 milles nautiques, soit des liaisons sans escale qui évitent le détour habituel par une plateforme intermédiaire. Mais à Toulouse, le sujet tient moins de la carte postale que de la vérification patiente.
Pour gagner environ 1 000 milles nautiques de rayon d’action par rapport à la version standard, l’appareil reçoit notamment un réservoir central arrière supplémentaire. Ce choix ne se résume pas à “mettre plus de carburant”. Il modifie l’architecture du système, les essais, les marges de sécurité et le dossier de certification. Airbus annonce désormais une campagne d’environ deux mois pour valider ces changements avant la suite du programme.
Le premier vol a donc une portée très locale. Toulouse ne sert pas seulement de décor à une annonce mondiale. La ligne d’assemblage final de l’A350 est installée près de Toulouse-Blagnac, et ce type d’appareil mobilise ce que la Haute-Garonne concentre depuis des décennies : assemblage, ingénierie, essais en vol, certification, fournisseurs et métiers très spécialisés.
La place locale de la filière est réelle. Selon l’Insee, l’aérospatial employait environ 70 400 salariés en Haute-Garonne en 2022, soit 9,6 % de l’emploi total du département. Dans l’industrie haut-garonnaise, cela représentait plus d’un emploi sur deux. L’Insee montre aussi qu’en Occitanie, l’activité aéronautique et spatiale progresse, mais que l’emploi marque le pas. Voilà pourquoi ce premier vol ne doit pas être lu comme une promesse automatique d’embauches. Il raconte autre chose : la valeur d’un territoire capable de traiter des avions complexes quand la filière doit produire davantage, sans retrouver partout la même facilité à recruter.
La suite sera moins photogénique qu’un décollage. Il faudra des essais, des mesures, des corrections, des validations, puis la livraison du premier appareil, annoncée par Qantas pour avril 2027. Avant les 22 heures entre Sydney et Londres, il y aura donc beaucoup de travail toulousain. Ce qui est assez fidèle à la maison : ici, même les rêves de très long-courrier commencent par une campagne d’essais.
Sources consultées
- AirbusWorld’s longest-range aircraft, the Airbus A350-1000ULR takes to the skies
- QantasAirbus A350 Project Sunrise
- InseePour Toulouse et l’ex-région Midi-Pyrénées, l’importance de l’aérospatiale a triplé en 40 ans
- InseeFilière aéronautique et spatiale en Occitanie : l’activité progresse de 7 % en 2024 mais l’emploi marque le pas