À Gardouch, un petit cours d’eau se suit déjà sur écran. Depuis le pont de Mazères, une station suit le Gardijol en amont du village et transmet ses données à distance. La commune s’en sert pour surveiller une montée rapide de l’eau et déclencher plus tôt son plan communal de sauvegarde.
Cette scène de bord de rivière aide à comprendre la levée de fonds annoncée par vorteX-io. L’entreprise toulousaine vient de boucler une série A de 8,5 millions d’euros, menée par Seventure Partners avec la Banque des Territoires et Daphni. Son métier: installer des stations autonomes qui mesurent les cours d’eau en continu.
Les appareils ne se contentent pas de “prendre la température” d’une rivière. Ils peuvent suivre la hauteur d’eau, la vitesse de surface, le débit ou la température, puis envoyer ces informations vers une plateforme consultable à distance. Pour une commune, un syndicat de bassin ou un gestionnaire d’infrastructure, l’intérêt est très simple: avoir une alerte, une tendance, un signal exploitable avant que la situation ne se découvre trop tard.
La levée ne tombe pas dans un marché abstrait. En Haute-Garonne comme dans le reste du bassin Adour-Garonne, les décisions sur l’eau deviennent plus serrées: restrictions d’usage l’été, irrigation, petits cours d’eau fragiles, crues rapides, température des rivières. L’agence de l’eau anticipe une baisse de 20 à 40 % du débit des cours d’eau du bassin dans les années à venir sous l’effet du changement climatique.
vorteX-io est déjà entrée dans ce paysage par un partenariat avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Entre 2024 et 2025, 145 stations de suivi thermique ont été déployées sur le bassin. En dix-huit mois, elles ont produit plus d’1,25 million de données, contre environ 1 000 avec des mesures plus ponctuelles. La différence ne fait pas pleuvoir, mais elle réduit l’angle mort dans lequel se prennent certaines décisions.
C’est aussi là que le mot “souveraineté”, utilisé autour de cette levée, peut être compris sans grand discours. Il s’agit de savoir qui mesure les rivières, où passent les données, qui peut les lire et qui peut agir quand un seuil est franchi. La souveraineté, ici, ressemble moins à un slogan qu’à une station discrète au bord d’un cours d’eau, avec une batterie, un capteur et une connexion.
Les 8,5 millions d’euros doivent permettre à vorteX-io d’accélérer le déploiement de ses solutions. Rien ne remplacera les arbitrages publics sur l’eau, toujours sensibles. Mais dans un territoire où la ressource se pilote de moins en moins à l’estime, mieux mesurer les rivières est déjà une manière de gagner du temps. Et, parfois, quelques centimètres d’avance.