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À Toulouse, 3 000 logements sociaux par an ne suffisent plus

À Toulouse, la production de logements sociaux progresse, mais la demande avance plus vite. La Chambre régionale des comptes pointe une attente qui s’allonge.

File d’attente pour un logement social

Dans la grande agglomération toulousaine, un logement social attribué en 2023 correspondait à presque cinq demandes. Autrement dit : pour un ménage qui entre enfin dans un logement, plusieurs autres dossiers restent sur la table.

C’est le chiffre qui résume le mieux l’alerte de la Chambre régionale des comptes Occitanie. Son rapport ne vise pas seulement Toulouse commune, mais un ensemble beaucoup plus large : cinq intercommunalités, 114 communes, 1,1 million d’habitants et les quatre principaux bailleurs sociaux du territoire.

Le constat n’est pas que l’agglomération ne construit rien. Au contraire, les objectifs locaux de production, autour de 3 000 logements locatifs sociaux par an, ont été atteints. Le problème est ailleurs : même cet effort ne suffit plus à suivre la demande.

En 2024, près de 55 000 demandes de logement social étaient recensées sur le territoire étudié, plus de 30 % de plus qu’en 2019. Le rapport entre demandes et attributions s’est donc dégradé : il fallait près de trois demandes pour une attribution en 2019, contre près de cinq en 2023. Le délai moyen d’attente est passé d’environ 13 à 16 mois entre 2021 et 2024.

Pour les ménages prioritaires, la tension est encore plus visible. Ils n’ont représenté que 26 % des attributions, sous l’objectif départemental, et leurs délais d’attente se sont davantage allongés. Le sujet quitte alors les tableaux de suivi : derrière le mot “demande”, il y a des séparations, des familles à l’étroit, des salariés qui s’éloignent, des jeunes ménages coincés dans le privé.

Le moteur de cette tension est très toulousain. La métropole attire des habitants, des étudiants, des emplois et des entreprises. Elle a aussi dû rattraper un retard historique dans une région longtemps moins urbanisée. Le parc social a beaucoup grandi : 86 227 logements sociaux étaient recensés au 1er janvier 2024 dans le périmètre étudié, et plus de la moitié du parc actuel a été construite en quinze ans.

Mais construire du logement social ne veut pas seulement dire voter un objectif. Il faut trouver du foncier, financer les opérations, obtenir les permis et produire là où les besoins existent vraiment. La Chambre relève une faible maîtrise foncière publique. Une grande partie de la production passe donc par l’achat de logements auprès de promoteurs privés. Les bailleurs se retrouvent alors exposés aux prix du marché, au moment même où leur rôle est de corriger ce que le marché ne permet plus.

La situation toulousaine s’inscrit dans une tension nationale, mais elle la rend particulièrement lisible. En France, les attributions de logements sociaux ont reculé de 454 000 en 2019 à 393 000 en 2023, pendant que les demandes progressaient. Toulouse montre la même mécanique à l’échelle d’une métropole attractive : produire davantage ne garantit pas, à lui seul, que l’accès au logement s’améliore.

La question locale n’est donc pas seulement de construire plus. Elle est de construire mieux placé, plus vite, avec assez de foncier public et assez de marge financière pour que les logements produits deviennent réellement des attributions. Sinon, l’agglomération continuera d’ajouter des logements sans raccourcir la file. Pour un demandeur, cela ressemble surtout à une porte qui s’ouvre trop rarement.