Le feu est éteint. Il reste les gravats chauds, les murs noircis, les gants qui sentent la suie, les tenues à retirer sans ramener la pollution jusqu’au vestiaire. Pour les pompiers, l’intervention ne s’arrête pas toujours avec les dernières flammes. Une partie du risque commence dans ce moment plus gris: le déblai, le retour au centre, le nettoyage, puis le suivi de ce qui a été respiré ou déposé sur les équipements.
C’est ce moment que SAFETI veut mieux documenter. Toulouse Tech Transfer et l’école d’ingénieurs ISIS, à Castres, engagent plus de 500 000 euros dans une deuxième phase de maturation de cette technologie destinée aux sapeurs-pompiers exposés aux fumées toxiques.
Le projet ne se présente pas comme un simple capteur porté pendant l’intervention. Il associe des équipements embarqués et une plateforme logicielle sécurisée, avec une ambition précise: mesurer l’exposition, alerter, analyser les données et garder une trace utile pour la prévention. En clair, il s’agit de mieux savoir à quoi un intervenant a été exposé, dans quelles conditions, et de ne pas laisser cette information se perdre une fois le camion rentré.
En Haute-Garonne, le sujet n’est pas théorique. Fin 2025, le SDIS 31 a présenté un véhicule d’hygiène et de déshabillage conçu pour limiter l’exposition des pompiers aux polluants après les incendies. Le département dispose aussi d’unités spécialisées face aux risques chimiques et biologiques, mobilisables notamment lors d’émanations toxiques ou de décontamination. Le terrain n’a donc pas attendu SAFETI pour agir. SAFETI ajoute une autre pièce possible: la mesure et la mémoire de l’exposition individuelle.
Cette préoccupation dépasse largement Toulouse. Le Centre international de recherche sur le cancer classe l’exposition professionnelle des pompiers comme cancérogène pour l’homme. L’Institut national de recherche et de sécurité rappelle aussi que le danger ne tient pas seulement aux fumées visibles pendant l’incendie: les phases de surveillance, de déblai, de nettoyage ou de retrait des équipements peuvent encore exposer les intervenants.
La prudence reste nécessaire. SAFETI n’est pas annoncé comme un outil déjà déployé dans les casernes de Haute-Garonne. Les partenaires opérationnels cités autour du projet incluent notamment le SDIS du Tarn et l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers. La phase actuelle doit servir à pré-industrialiser la technologie, consolider les choix techniques et préparer la création d’une start-up, annoncée comme objectif pour début 2027.
L’intérêt local tient précisément à cette étape intermédiaire. On n’est plus dans une idée de laboratoire, pas encore dans un équipement courant de caserne. Entre les deux, il y a tout le travail moins spectaculaire qui décide souvent de l’avenir d’une innovation: vérifier que la donnée est fiable, que l’outil ne gêne pas les gestes, qu’il parle aux services de secours et qu’il apporte quelque chose aux médecins de prévention.
Si SAFETI tient sa promesse, il ne remplacera ni les masques, ni les procédures de décontamination, ni la vigilance des équipes. Il pourrait en revanche rendre moins invisible ce que les pompiers emportent parfois avec eux après l’incendie. Ce serait déjà beaucoup. La suie, elle, n’a jamais eu la politesse de remplir une fiche de suivi.