Dans deux avis publiés les 4 et 5 mai, les campus toulousains apparaissent par leur face la moins photogénique: lots de travaux, bâtiments à reprendre, désamiantage, déplombage. À première vue, rien qui fasse rêver un étudiant. À y regarder de plus près, c’est pourtant une partie très concrète de la vie universitaire qui se joue là: des lieux d’étude à rendre plus sûrs, plus pratiques, plus adaptés aux usages d’aujourd’hui.
Le premier dossier concerne l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse, au Mirail. Le projet prévoit l’extension et la réhabilitation de l’école, avec restructuration de surfaces existantes, construction d’un bâtiment neuf, démolitions partielles et aménagements pour l’enseignement, l’administration, l’accueil, le foyer étudiant, la cafétéria, le learning center, la recherche et la logistique. Le financement annoncé atteint 28 millions d’euros.
Le chantier a une résonance particulière. L’école occupe un site conçu à la fin des années 1960 par Georges Candilis, Alexis Josic et Shadrach Woods, puis transformé par Raymond Malebranche et Joseph Almudever. Le bâtiment est labellisé Architecture contemporaine remarquable. Pour une école qui forme à penser les lieux, devoir reprendre son propre cadre de travail n’est pas anecdotique. Le sujet est presque pédagogique: un bâtiment vivant ne se conserve pas seulement, il s’adapte.
Le second avis concerne l’ENSFEA, à Auzeville-Tolosane, au sud-est de Toulouse. Cette école nationale forme notamment les enseignants et personnels de l’enseignement agricole, sur un campus de 14 hectares. Le marché porte sur la rénovation des bâtiments 7 et 8 en cœur de campus, avec un premier lot de désamiantage et de déplombage. Là encore, le vocabulaire est technique, mais l’enjeu est simple: avant de rendre un bâtiment plus accueillant ou plus utile, il faut parfois commencer par traiter ce que son âge a laissé dans les murs.
Ces deux opérations ne relèvent pas du même site ni du même établissement. Elles racontent pourtant une contrainte commune. Toulouse est une grande ville étudiante: à la rentrée 2024, l’académie comptait 152 900 étudiants, dont plus des trois quarts dans la commune de Toulouse. Quand les effectifs, les usages et les exigences énergétiques évoluent, les campus doivent suivre. Pas seulement avec de nouvelles formations ou des labels de recherche, mais avec des salles, des ateliers, des foyers, des circulations et des bâtiments capables d’absorber les usages quotidiens.
Les marchés publics rendent visible ce qui se voit rarement: le coût discret de l’entretien des campus. En France, le patrimoine immobilier de l’enseignement supérieur représente près de 15 millions de mètres carrés, et plus d’un tiers est considéré comme passoire énergétique par France Universités. Vu de Toulouse, cela prend une forme très concrète: une école d’architecture à transformer sans effacer son histoire, une école de formation agricole à remettre au niveau, des chantiers à mener sans perdre de vue ceux qui étudient et travaillent sur place.
Ces avis ne racontent pas toute la vie universitaire toulousaine. Ils montrent seulement une chose simple: pour continuer à former, il faut aussi réparer les lieux où l’on forme.