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À Toulouse, l’habitat inclusif cherche l’équilibre entre chez-soi et vie partagée

À Jolimont, l’Envol/Envol’Toit montre comment l’habitat inclusif permet de rester dans un logement ordinaire, sans vivre seul face au quotidien.

Logements partagés à Toulouse

À Jolimont, tout repose sur un équilibre simple à dire, plus difficile à organiser: une porte que l’on peut fermer, et des espaces où l’on peut retrouver les autres. On reste chez soi. On n’est pas livré à soi-même.

C’est ce que cherche à faire l’Envol/Envol’Toit, ouvert en 2023 dans le quartier Guillaumet, à Toulouse. Le lieu ne relève pas d’un établissement médico-social. Ce n’est pas non plus un immeuble classique auquel on aurait ajouté quelques activités. Il réunit, dans un même ensemble, des logements seniors, une pension de famille, une résidence sociale, des logements familiaux et un habitat inclusif porté par L’Esperluette pour des personnes en situation de handicap.

La différence est importante. Dans un habitat inclusif, les habitants vivent dans leur logement, avec leur bail, leurs aides, leurs habitudes, leurs services d’aide ou de soins si nécessaire. Le collectif n’efface pas la vie privée. Il doit plutôt éviter qu’elle se transforme en isolement.

À Jolimont, l’habitat inclusif géré par L’Esperluette accueille 19 personnes en situation de handicap, seules, en couple ou en colocation, selon le Département. Certains logements sont adaptés aux personnes à mobilité réduite, d’autres à des personnes avec un trouble du spectre de l’autisme. Habitat et Humanisme accompagne aussi des habitants seniors ou fragilisés dans la résidence.

C’est ici que le mot “inclusif” devient vérifiable. Le soutien public ne porte pas seulement sur les murs. Dans la partie senior, le Département indique verser 6 000 euros par habitant et par an à Habitat et Humanisme pour faire vivre le projet collectif. Cette aide ne paie pas l’aide individuelle pour se laver, se déplacer ou se soigner. Elle finance ce qui manque souvent dans un logement ordinaire: du temps pour organiser, relancer, proposer, maintenir des liens, faire exister une vie commune sans l’imposer.

L’intérêt local est là. En Haute-Garonne, où Toulouse attire, où le logement pèse dans les budgets et où de nombreuses familles cherchent des solutions entre maintien à domicile et établissement, l’habitat inclusif ouvre une voie intermédiaire. Il ne promet pas de tout régler. Il propose autre chose qu’un choix binaire entre rester seul chez soi ou partir dans une structure spécialisée.

Le modèle commence aussi à dépasser le seul exemple toulousain. Début avril, le Conseil départemental a annoncé son soutien à neuf nouveaux projets pour la période 2026-2033, soit 118 places: 103 pour des personnes âgées et 15 pour des personnes en situation de handicap. Les communes concernées vont de Toulouse à Cazères, Eaunes, Saint-Jory, Bouloc, Calmont ou Fenouillet. Le budget annoncé atteint 595 000 euros, financé à parts égales par le Département et la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, avec un versement lié à l’ouverture effective des habitats et au nombre de résidents accueillis.

Ces chiffres montrent une progression. Ils rappellent aussi que l’habitat inclusif repose sur une chaîne fragile: des logements accessibles, des lieux bien situés, des associations solides, des bailleurs prêts à jouer le jeu, des transports proches, une présence humaine régulière. Sans cela, le collectif reste une belle pièce commune sur un plan d’architecte.

À Jolimont, le sujet n’est donc pas seulement de savoir combien de places seront ouvertes. Il est de savoir si l’on sait fabriquer, dans des quartiers ordinaires, des logements où la porte se ferme sans que le lien se coupe. Pour beaucoup de familles, c’est exactement la question.