Dimanche 3 mai 2026, 330 brebis tarasconnaises quitteront Villeneuve-lès-Bouloc à 6 heures pour rejoindre le parc du château de Launaguet. Le troupeau parcourra 17 kilomètres, à travers sept communes du nord toulousain : Villeneuve-lès-Bouloc, Gargas, Labastide-Saint-Sernin, Montberon, Saint-Loup-Cammas, Saint-Geniès-Bellevue et Launaguet. L’arrivée est prévue à partir de 11 heures.
Ce n’est pas seulement une marche familiale avec des moutons. La journée donne à voir un projet d’écopâturage installé depuis dix ans autour de Launaguet. Les brebis sont arrivées début mars pour entretenir environ 150 hectares de friches. Elles repartiront ensuite vers Bouloc, reviendront à Launaguet jusqu’à la fin mai, puis gagneront en juin les estives de Bourg-d’Oueil, dans les Pyrénées, avant la redescente de septembre.
Le trajet raconte donc une géographie très concrète : les friches périurbaines au printemps, la montagne en été, le retour en plaine à l’automne. Dans un département dominé par l’aire toulousaine, cette transhumance rappelle que l’agriculture ne commence pas seulement aux limites de la métropole. Elle existe aussi dans les interstices : terrains communaux, espaces non bâtis, lisières, prairies, parcelles difficiles à entretenir autrement.
L’écopâturage n’a rien d’une attraction décorative. Bien utilisé, il limite l’enfrichement, entretient des milieux ouverts, réduit le recours aux machines et maintient une présence agricole là où la ville avance vite. Il remet des bêtes, des bergers et des usages dans des espaces que l’on regarde souvent comme des vides.
Le troupeau conduit par Sébastien Natale, dit « Moïse », vient de Bourg-d’Oueil. Ses brebis sont des Tarasconnaises, race rustique des Pyrénées centrales, adaptée à la marche, au relief et aux changements de saison. Ce détail compte. Une transhumance n’est pas seulement un déplacement : c’est un système qui tient par des races locales, des savoir-faire, des pâturages, des calendriers et des débouchés économiques.
La dimension alimentaire sera visible à Launaguet, avec un village gourmand autour de produits identifiés : Agneau des Pyrénées sous indication géographique protégée depuis 2022, Label rouge « Sélection des bergers », porc noir de Bigorre, vins de Fronton, Gasconne des Pyrénées. Là encore, le sujet dépasse l’animation dominicale. Ces signes de qualité servent à mieux rémunérer une origine, un mode d’élevage, une saisonnalité et un lien au massif.
La transhumance a aussi changé de statut dans le regard public. En 2023, elle a été inscrite par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le mot « patrimoine » peut faire croire à une pratique figée. Ici, il désigne au contraire une pratique en mouvement : organiser la montée des troupeaux, gérer l’herbe, transmettre les gestes, faire cohabiter élevage, chemins, habitants et paysages.
C’est l’intérêt de cette journée. Elle ne demande pas au public d’admirer un monde rural figé. Elle montre une pratique qui travaille encore : elle entretient des terrains, relie la plaine aux Pyrénées, soutient des filières locales et rend visible un métier souvent absent du quotidien urbain. Pour une fois, le territoire ne se lit pas dans un dossier ou une carte. Il avance, très concrètement, sur quatre pattes.