À Toulouse, l’hydrogène pose désormais une question très concrète: qui saura installer, maintenir, sécuriser et industrialiser ces équipements si la filière change d’échelle? Le nouveau site Genhyo, relayé le 13 avril par l’Université de Toulouse, veut rendre lisibles les métiers, les compétences et les formations liés à l’hydrogène décarboné. (University of Toulouse)
Le sujet n’est donc pas seulement technologique. Il devient professionnel. Genhyo vise l’adaptation des formations du CAP au doctorat, la sensibilisation de publics très différents, dont les collégiens, les étudiants, les salariés et les demandeurs d’emploi, et la formation de 1 500 formateurs en cinq ans. Le projet dispose d’un financement de 16,6 millions d’euros de l’Agence nationale de la recherche, pour un budget global de 30,7 millions d’euros. (Genhyo)
En Haute-Garonne, le terrain n’est pas théorique. À Blagnac, Hyport produit et distribue de l’hydrogène renouvelable en zone aéroportuaire, avec un électrolyseur de 430 kg par jour, deux stations de distribution et cinq bus déjà associés au dispositif. À Francazal, le Technocampus Hydrogène Occitanie doit réunir recherche, essais et formation, avec 4 337 m² de salles d’essais et de supervision, une plateforme pédagogique et des liens annoncés avec le CNRS, l’Université de Toulouse, Airbus, Safran, Liebherr et Vitesco Technologies. (AREC Occitanie)
La filière ne cherchera pas seulement des ingénieurs. Genhyo cite aussi des techniciens, opérateurs, chefs de projet, chargés d’affaires et conducteurs routiers. L’enjeu est souvent d’ajouter une compétence hydrogène à des savoir-faire industriels déjà existants: maintenance, électronique, mécanique, chaudronnerie, sécurité, procédures. Selon l’observatoire Genhyo, 70 % des entreprises interrogées prévoient de former en interne ou de recruter des profils expérimentés à spécialiser. (Genhyo)
C’est là que le guide devient utile pour les jeunes et les personnes en reconversion: il ne vend pas seulement un secteur, il aide à comprendre les portes d’entrée. En Occitanie, l’observatoire estime la filière à 730 emplois directs en 2025, près de 2 000 en 2030-2035 et plus de 5 000 en 2040. Aujourd’hui, 50 % des postes relèvent encore de la recherche et développement. À l’horizon 2030-2035, les besoins devraient davantage se déplacer vers les techniciens méthodes et industrialisation, la production, la maintenance, la chaudronnerie et les systèmes électroniques. (Genhyo)
Il faut toutefois garder l’échelle en tête. Dans le monde, la demande d’hydrogène a approché 100 millions de tonnes en 2024, mais les nouveaux usages liés à la transition énergétique représentent encore moins de 1 % de la demande. La production à faibles émissions reste elle aussi sous 1 % du total. En France, l’État a ajusté sa stratégie en visant jusqu’à 4,5 gigawatts d’électrolyse en 2030, puis 8 gigawatts en 2035, en raison d’un marché plus lent que prévu et d’un besoin encore réel de maturation technologique. (IEA)
Pour la Haute-Garonne, l’enjeu est donc simple: ne pas vendre l’hydrogène comme un eldorado, mais ne pas rater la préparation. Genhyo sert à cela: mettre les bons métiers en face des bons besoins, sans attendre que les formations courent derrière la filière.