
Vendredi, les scolaires. Samedi, le grand public. À Braud-et-Saint-Louis, le village ATOM Investigation consacre deux jours à une question inhabituelle : que faire si un accident survient à la centrale nucléaire du Blayais ? Inauguré le 6 novembre, il ouvre au public ce samedi 7, de 10 h à 17 h, dans la salle polyvalente de la commune.
Pour cette première édition girondine, des ateliers et des stands réunissent notamment pompiers, secouristes, gendarmes et spécialistes de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Le village est porté par l’Éducation nationale et l’Institut français des formateurs Risques majeurs et protection de l’environnement (IFFO-RME), avec la préfecture et la commune.
Mais cette pédagogie, particulièrement lorsqu’elle s’adresse aux enfants, suscite aussi une opposition locale.
Apprendre à ne pas suivre son instinct
En cas d’accident nucléaire, plusieurs réflexes spontanés peuvent aggraver l’exposition au danger. Partir immédiatement en voiture, par exemple, n’est pas recommandé : un véhicule protège mal de la radioactivité. Si l’alerte survient alors qu’on se trouve en voiture, il faut rejoindre rapidement un bâtiment. Les consignes officielles demandent ensuite de fermer portes et fenêtres, de couper la ventilation et d’attendre les instructions des autorités.
Pour les parents, une consigne est particulièrement difficile à accepter : ne pas aller chercher leurs enfants à l’école. Les enseignants et les secours sont chargés de leur protection. Quant aux comprimés d’iode, ils ne doivent être pris que sur instruction du préfet.
Lors d’un précédent village ATOM Investigation, à Belleville-sur-Loire en 2024, l’autorité de sûreté proposait aux élèves un jeu de rôle sur le devenir d’un territoire contaminé : où mesurer la radioactivité, que décontaminer en priorité, dans quelles conditions envisager un retour ?
Une pédagogie contestée par Tchernoblaye
Cette manière d’aborder le risque ne convainc pas tout le monde. L’association girondine antinucléaire Tchernoblaye avait annoncé son intention de dénoncer le village dès le vendredi 6 novembre, jour réservé aux scolaires.
Dans un texte relayé par l’Observatoire du nucléaire, elle accuse les organisateurs de présenter aux enfants une catastrophe nucléaire comme un événement dont les conséquences pourraient être facilement maîtrisées. Elle dénonce particulièrement l’implication de l’Éducation nationale et considère ces animations comme une forme de propagande favorable au nucléaire.
Dans sa présentation du village organisé à Belleville-sur-Loire, l’ASNR met en avant ses objectifs pédagogiques : développer les connaissances sur la radioactivité, ses dangers et les décisions à prendre en situation accidentelle.
La critique de Tchernoblaye porte précisément sur le message transmis aux enfants. Un jeu consacré au retour dans une zone contaminée peut aider à comprendre les difficultés d’une telle opération. Il peut aussi, selon ses opposants, donner une impression trompeuse de maîtrise des conséquences d’un accident.
Jeudi, l’alerte arrivera sur les téléphones
La préparation prendra une autre dimension les 12 et 13 novembre, avec l’exercice national de sûreté nucléaire organisé par les services de l’État et EDF, cinq ans après celui de 2021.
Le jeudi 12, un scénario fictif mettra à l’épreuve les services de gestion de crise. Le dispositif FR-Alert sera déclenché dans le périmètre du plan particulier d’intervention, qui couvre 80 communes, dont 57 en Gironde et 23 en Charente-Maritime.
Les téléphones présents dans la zone pourront recevoir une notification sonore. Le message signalera un exercice et ne demandera aucune action à la population. Vingt-quatre communes girondines et dix-huit communes charentaises activeront leur plan communal de sauvegarde.
Les écoles seront également mobilisées. Selon le Département de la Gironde, les établissements situés dans le rayon de 20 km activeront leur plan particulier de mise en sûreté le 12 novembre.
Le vendredi 13 au matin, des évacuations scolaires seront simulées à Braud-et-Saint-Louis et à Étauliers.
Sources consultées
- Préfecture de la GirondeVillage de prévention du risque nucléaire
- Observatoire du nucléaireLe « Village Atom » : violation des droits des enfants par EDF, l'ASNR et l'Éducation nationale
- Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionSensibilisation des publics au village de la résilience de Belleville-sur-Loire
- GéorisquesQue faire en cas d'accident nucléaire ?
- Préfecture de la GirondeExercice national de sûreté nucléaire à la centrale du Blayais
- Département de la GirondeLa CLIN, Commission locale d'information nucléaire du Blayais