
Quand Thibault Perceval présente la base sous-marine aux agents internationaux, certains imaginent un immense hangar pouvant accueillir 3 000 personnes. La scène Bunker, elle, est limitée à 900 places. Certains demandent alors des cachets hors de portée du budget artistique d’Isulia. Le décor est monumental, mais le budget reste celui d’un festival indépendant.
Les vendredi 6 et samedi 7 novembre, Isulia investira pour la sixième fois la base sous-marine de Bordeaux. Deux soirées publiques sont prévues de 18 heures à 2 heures du matin, avec deux scènes : Bunker et Mirage, cette dernière installée dans une alcôve des Bassins des Lumières. L’inauguration du jeudi 5 novembre est réservée aux invités.
Une programmation pensée comme une nuit en club
La programmation musicale a été ramenée de quatre jours en 2025 à deux soirées cette année. Perceval a choisi une tête d’affiche par nuit : Nastia, figure de la techno ukrainienne, le vendredi, puis Octave One, duo historique des musiques électroniques, le samedi en live.
Autour d’eux, la scène bordelaise occupe une place importante. Audrey Danza, Djedjotronic et Pureblast côtoient cinq collectifs locaux : Pelles Melles, Trikar, Helix, Heavydance et La Maskarade. Cette présence renforcée par rapport aux éditions précédentes traduit la volonté de donner davantage de place aux artistes indépendants de la ville.
Perceval construit chaque soirée comme un parcours continu, de 18 heures à 2 heures : chaque DJ prend le relais du précédent. Le vendredi privilégiera la techno et l’électro ; le samedi fera davantage de place à la house et à la trance.
À Bordeaux, des soirées de hard techno et de hard groove réunissent 3 000 à 4 000 personnes, selon Perceval. Isulia ne veut pourtant pas réduire sa programmation à cette esthétique.
Le béton impose ses propres règles
Construite pendant l’Occupation, à partir de 1941, la base sous-marine a mobilisé sur son chantier 6 500 travailleurs, dont plus d’un tiers de prisonniers républicains espagnols. Aujourd’hui, ses volumes accueillent notamment les Bassins des Lumières et des projets culturels indépendants.
Isulia organise son festival dans la base pour la quatrième année, et dans les Bassins des Lumières pour la deuxième. Les volumes de béton qui donnent son caractère au lieu compliquent aussi le travail des équipes. La réverbération acoustique limite les possibilités artistiques : certains concerts avec voix au microphone ne peuvent pas être proposés sans risquer de dégrader l’écoute. L’annexe des Bassins des Lumières demande une semaine de montage pour seulement deux jours d’exploitation, explique Perceval.
Les rencontres, elles, ont quitté la base. Après l’expérience d’un village sous tente en 2025, peu confortable en novembre et difficile à articuler avec les horaires des concerts, les discussions se tiennent cette année à la Cité Bleue, rue Achard. Les contraintes de sécurité et d’aménagement rendaient également la base peu adaptée à leur accueil.
Vendredi et samedi, deux après-midis de rencontres aborderont notamment les imaginaires numériques, la santé mentale, les algorithmes, les élections et la consommation responsable. Le samedi, Pelles Melles proposera également un atelier d’initiation au mix destiné aux femmes et aux personnes lesbiennes, intersexes, non binaires, trans et agenres.
Deux nuits qui comptent pour la suite
Derrière cette programmation, l’équilibre économique reste fragile. Perceval évoque la hausse des cachets, la baisse de certaines subventions et le manque de reconnaissance institutionnelle dont souffre la structure. Dans un entretien publié le 29 octobre par Le Type, il prévient : « Si l’édition 2026 ne fonctionne pas, on ne pourra pas continuer en 2027. »
Il cite aussi l’arrêt de L’Orangeade, qui a organisé sa dernière soirée bordelaise en octobre après douze ans de fêtes. Perceval lie donc la suite du festival aux résultats de cette édition.
Les concerts auront lieu au 284 boulevard Alfred-Daney, accessible par le tram B (arrêt La Cité du Vin). Ils sont réservés aux personnes majeures. Les rencontres se tiennent à la Cité Bleue, 176 rue Achard, près de l’arrêt New York. Les billets musicaux et les inscriptions gratuites aux rencontres sont distincts : les réservations pour les soirées et les inscriptions aux rencontres sont proposées séparément sur Shotgun.
Dans le bunker, les collectifs bordelais partageront l’affiche avec Nastia et Octave One.
Sources consultées
- Le TypeThibault Perceval : « Créer des collaborations entre artistes et collectifs, c'est aussi ça, Isulia »
- IsuliaIsulia Festival 2026, programmation officielle
- Bordeaux MétropoleIsulia Festival 2026
- Ministère de la CultureBase sous-marine, notice Architecture contemporaine remarquable
- ShotgunIsulia Festival 2026, Music
- ShotgunIsulia Festival 2026, Talks