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Bassin d’Arcachon : 60 000 tonnes d’huîtres sauvages et le difficile retour des vasières

Le bassin d’Arcachon veut restaurer ses fonds envahis par les huîtres sauvages. Les suivis scientifiques montrent la progression des herbiers, mais aussi les limites du nettoyage.

Illustration - Récifs d’huîtres sur une vasière

Dans le bassin d’Arcachon, les huîtres sauvages représentent près de quatre fois la masse des huîtres élevées. Le dossier soumis à enquête publique en 2026 reprend une estimation de plus de 60 000 tonnes d’huîtres japonaises non cultivées, contre environ 16 000 tonnes en élevage. Accumulées sur d’anciennes concessions ostréicoles, elles forment des récifs qui transforment les fonds marins, concurrencent les élevages et gênent parfois la navigation.

Le 13 octobre 2026, la préfecture de la Gironde a autorisé un vaste programme de réhabilitation. Mais enlever les récifs ne suffit pas nécessairement à faire revenir les vasières.

Au banc du Tès, les premières réponses

Sur le banc du Tès, dans le secteur de Gujan-Mestras, des travaux réalisés entre 2022 et 2023 ont permis d’étudier les effets du nettoyage sur les herbiers de zostères. Ces plantes marines stabilisent les sédiments et constituent des habitats importants pour la vie du bassin.

À l’est du banc, la superficie cumulée de petites zones de zostères naines a doublé entre 2024 et 2025, passant de 380 à 760 m², selon les résultats publiés par Ifremer en mai 2026. Leur nombre est passé de 110 à plus de 150. Dans l’ensemble du secteur suivi, les herbiers progressent depuis 2021, même si certaines bordures proches des travaux ont reculé.

Les chercheurs n’attribuent cependant pas cette progression au nettoyage. Elle s’inscrit principalement dans une dynamique naturelle favorable aux herbiers du bassin. Leur suivi n’a pas mis en évidence d’effet significatif des travaux sur les courants au sein des herbiers du Tès, tandis que les effets estimés des sédiments remis en suspension restent généralement faibles.

Ces observations rassurent sur certains impacts des chantiers. Elles ne démontrent pas encore que les fonds débarrassés des récifs ont retrouvé leur fonctionnement écologique initial.

Broyer les coquilles, puis empêcher leur retour

La difficulté tient à la méthode. Les équipes retirent les ferrailles et autres déchets abandonnés, nivellent les récifs et broient une partie des coquilles, généralement laissées mélangées aux sédiments.

Dans son avis d’avril 2024, favorable sous conditions, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel avertissait que ce procédé ne permettrait pas à lui seul de reconstituer une véritable vasière. Les fragments de coquilles pourraient même offrir de nouveaux points de fixation aux jeunes huîtres.

L’Association de défense des eaux du bassin d’Arcachon (ADEBA) soutient la réhabilitation, mais demande précisément de surveiller cette recolonisation et d’adapter les méthodes aux résultats observés.

Les herbiers voisins peuvent être préservés sans que les fonds nettoyés redeviennent pour autant des vasières.

Des équipements pour travailler au rythme des marées

Depuis 2018, le Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon (SIBA) et ses partenaires ont déjà nettoyé plus de 200 hectares. Le nouveau programme identifie 2 100 hectares d’intervention potentielle : 1 200 à vocation naturelle, 600 à vocation ostréicole et 300 dont la destination reste à déterminer. Le SIBA vise environ 600 hectares à traiter en dix ans, pas le traitement immédiat de toute cette surface.

Le chantier est aussi une affaire de marées. Sur les estrans, les engins ne disposent parfois que de deux à quatre heures pour travailler à découvert. Le matériel subit le sel, les déplacements sont compliqués et chaque zone nécessite un diagnostic préalable.

Pour sortir de cette organisation par opérations ponctuelles, le SIBA prévoit un navire et des engins spécialisés. Il chiffre cet ensemble à 5 millions d’euros hors taxes. La préfecture évoque pour sa part un navire évalué à 6 millions d’euros, financé à 80 % par des fonds publics, sans préciser comment ces montants se recoupent. L’exploitation représenterait environ 800 000 euros par an. La mise en service des nouveaux moyens était envisagée pour 2029 dans le calendrier présenté fin 2025.

Tout n’est pas encore acquis : le marché de fourniture d’engins à chenilles s’est clos le 13 octobre 2026 sans attributaire. L’autorisation environnementale permet désormais de poursuivre le programme, sans lever toutes les contraintes matérielles.

Au banc du Tès comme sur les prochains sites, les fonds nettoyés devront être suivis plusieurs années pour savoir si les vasières se reconstituent et si de jeunes huîtres s’installent à nouveau sur les coquilles broyées.

Sources consultées
  1. Préfecture de la GirondeRéhabilitation des friches ostréicoles du Bassin d’Arcachon : une nouvelle étape est franchie
  2. Compagnie nationale des commissaires enquêteursRéhabilitation des friches ostréicoles du domaine public maritime du Bassin d’Arcachon
  3. IfremerRéhabilitation du Domaine Public Maritime du Bassin d’Arcachon : Bilan d’activité 2025, secteur du Tès
  4. Conseil scientifique régional du patrimoine naturel de Nouvelle-AquitaineAvis du 9 avril 2024 sur la réhabilitation des friches ostréicoles du bassin d’Arcachon
  5. Syndicat intercommunal du bassin d’ArcachonRestaurer les vasières et réhabiliter le Domaine Public Maritime
  6. Association de défense des eaux du bassin d’Arcachon (ADEBA)Réhabilitation des friches ostréicoles