
Samedi 24 octobre, la manifestation était interdite dans l’hypercentre de Bordeaux. Le cortège a pourtant quitté la place de la Bourse vers 14 heures et suivi l’itinéraire annoncé. Les affrontements sont venus plus tard. Dans son bilan provisoire établi à 20 heures, la préfecture dénombrait 44 interpellations, trois blessés, dont deux membres des forces de l’ordre, et huit commerces touchés par des dégradations ou des pillages.
La mobilisation a rassemblé 15 500 personnes selon la préfecture, contre 60 000 selon les syndicats CGT, FO et FSU. Malgré la pluie et les interruptions de tramway annoncées, le cortège principal a parcouru les rues dans un calme global. Vers 15 heures, le tribunal administratif rejetait le recours contre l’interdiction préfectorale. Les manifestants défilaient déjà depuis près d’une heure.
Un parcours interdit, mais emprunté jusqu’au bout
La décision de la préfète Sophie Brocas avait été annoncée vendredi 23 octobre, après l’échec de discussions avec l’intersyndicale sur l’itinéraire. Les organisations tenaient à leur parcours habituel dans le centre-ville. La préfecture souhaitait les en éloigner, une semaine après les violences du 17 octobre, qui avaient notamment frappé la résidence préfectorale et de nombreux commerces.
L’arrêté interdisait les manifestations dans une large partie de l’hypercentre, des quais aux secteurs commerçants, du samedi à 8 heures au dimanche à la même heure. Les participants s’exposaient à une amende de 135 euros.
Mais samedi, les manifestants ont emprunté le cours Victor-Hugo, traversé la place de la République, puis rejoint la place Gambetta, le cours Clémenceau et les Quinconces, avant de revenir vers la place de la Bourse.
Le tribunal administratif avait été saisi en référé par les opposants à l’interdiction. Son rejet du recours, annoncé vers 15 heures, laissait l’arrêté applicable. Il ne constituait pas un jugement définitif sur sa légalité.
Sur place, la décision n’a pas interrompu la marche. Un témoignage recueilli par Le Parisien décrit des CRS laissant passer les manifestants sans intervenir pour les disperser. Le cortège a ainsi pu poursuivre son parcours, pancartes et drapeaux syndicaux en tête.
Une interdiction ne dicte pas toute l’action policière
Interdire une manifestation et décider comment intervenir face à des milliers de personnes déjà rassemblées sont deux opérations différentes.
Le Conseil d’État l’avait rappelé le 23 octobre, après des déclarations d’Emmanuel Macron évoquant l’interdiction des manifestations non organisées par des syndicats. Le juge a estimé que ces propos ne constituaient pas des instructions aux préfets. Ceux-ci doivent apprécier les risques propres à chaque rassemblement. Une interdiction doit être adaptée, nécessaire et proportionnée ; elle ne peut intervenir qu’en dernier recours.
Cette ordonnance ne concernait pas l’arrêté bordelais. En Gironde, la préfecture invoquait les pillages du 17 octobre et de nouveaux appels à la violence pour justifier ses restrictions.
Sur le terrain, des milliers de personnes traversaient un centre-ville dont les commerces avaient été placés sous protection. Les consignes précises données aux forces de l’ordre pour cette manifestation n’ont pas été établies dans les informations disponibles. Le passage du cortège ne prouve donc pas qu’une tolérance ait été décidée à l’avance.
L’interdiction n’a pas empêché le déroulement de la manifestation syndicale. Et ce déroulement pacifique pendant une grande partie de l’après-midi n’a pas suffi à prévenir les affrontements ultérieurs.
Après le cortège, les violences
Selon la préfecture, des groupes se sont détachés de la manifestation vers le cours de l’Intendance et ont affronté les forces de l’ordre à hauteur de la place Gambetta. Les incidents se sont ensuite prolongés place de la Bourse.
Les autorités font état de jets de projectiles et de mortiers, de barricades, de poubelles incendiées et de tentatives d’intrusion dans les locaux de la chambre de commerce et d’industrie et du musée de la Douane.
Le Monde rapporte qu’à la fin d’un défilé jusque-là calme, des gaz lacrymogènes ont été utilisés place de la Bourse pour disperser la foule. Les affrontements et les opérations de dispersion ont marqué la fin de journée.
Les 44 interpellations annoncées à 20 heures concernent notamment des soupçons de transport d’objets dangereux, de participation à des attroupements en vue de commettre des délits et de jets de projectiles. Elles ne préjugent pas des responsabilités pénales qui seront éventuellement établies.
La préfecture avait renforcé son dispositif : gendarmes supplémentaires, unité spécialisée dans les violences urbaines, véhicules blindés, engin lanceur d’eau et moyens aériens. Des contrôles avaient également été organisés dès le matin.
Pour les commerçants, ce deuxième samedi s’est accompagné de nouvelles précautions. Plusieurs vitrines avaient été protégées par des panneaux de bois, tandis que Bordeaux Métropole annonçait des interruptions de tramway et des déviations de bus.
Le bilan matériel provisoire du 24 octobre est moins lourd que celui du 17, lorsque des dizaines de commerces avaient été vandalisés ou pillés. Cette différence ne permet pas d’isoler l’effet des renforts policiers, des protections installées ou de la configuration des affrontements.
Le prochain rendez-vous se prépare déjà
Les restrictions du week-end étaient temporaires, mais leurs suites ne sont pas closes : les commerces endommagés doivent être recensés, les procédures judiciaires suivront leur cours et les organisations syndicales entendent poursuivre leur mobilisation sur le pouvoir d’achat et les services publics.
La CGT de Gironde annonce déjà un nouveau rassemblement jeudi 5 novembre, place de la République. Après deux samedis marqués par des violences et un désaccord sur l’itinéraire, le parcours de cette prochaine manifestation reste à préciser.
Sources consultées
- Préfecture de la GirondeJournée de mobilisation à Bordeaux le 24 octobre 2026 : point à 20h00
- Préfecture de la GirondeMobilisation du samedi 24 octobre : la préfète prend des mesures de prévention et de protection
- Conseil d'ÉtatDécision n° 520729 du 23 octobre 2026
- Le Parisien« Les CRS nous ont regardés passer… et c’est tout ! » : à Bordeaux, un cortège calme malgré l’interdiction
- Le MondeManifestations du 24 octobre : entre 410 000 et 800 000 manifestants, cortèges sous haute surveillance
- CGT Gironde5 novembre - manifestation