
À Bordeaux, 325 étudiants sur les 1 275 ayant répondu à cette question de l’enquête PRISME déclarent avoir pensé au suicide au cours des douze derniers mois. Plus de la moitié disent avoir reporté ou renoncé à des soins nécessaires. Ces résultats, publiés en octobre 2026, éclairent une pression déjà constatée en 2024 sur les consultations de santé mentale.
Dans son bilan 2024, l’université de Bordeaux indiquait que cette demande avait augmenté d’environ 10 % par an au cours des deux années précédentes. La santé mentale représentait alors 42 % de l’activité de consultation de l’Espace santé étudiants (ESE), en comptant les consultations assurées par ses partenaires.
Les chiffres de PRISME ne constituent pas des taux représentatifs de tous les étudiants bordelais. Sur 1 578 questionnaires commencés en 2025-2026, 1 275 ont été intégralement complétés. Les volontaires représentent environ 2 % des étudiants des campus bordelais et 78,5 % sont de sexe féminin.
Des difficultés psychologiques, financières et sociales qui s’accumulent
Parmi les répondants, 42 % présentent des symptômes dépressifs modérés à sévères, évalués par questionnaire, sans que cela constitue un diagnostic médical. Près de 45 % présentent un niveau de solitude modéré à sévère et 64 % déclarent vivre avec moins de 700 euros mensuels.
Les difficultés financières, l’isolement et la santé psychique peuvent se cumuler. PRISME cherche précisément à comprendre ces combinaisons, plutôt qu’à considérer séparément chaque problème.
Parmi les 1 275 répondants concernés, 56,4 % ont reporté ou abandonné au moins une consultation au cours de l’année écoulée. Les soins concernés sont notamment la médecine générale, les consultations spécialisées et les soins dentaires.
Les délais d’attente sont cités par 21,6 % des répondants, le manque d’argent par 19,1 %. Mais le motif le plus fréquent, pour 36,4 %, est d’avoir pensé que le problème se réglerait tout seul.
Amandine Fillol, docteure en santé publique et responsable de l’étude, rapporte dans la publication de l’université une phrase entendue plusieurs fois : « Je ne veux pas prendre la place de quelqu’un d’autre. »
Aux obstacles financiers et aux délais s’ajoutent ainsi les hésitations à consulter, parfois même lorsque les étudiants estiment avoir besoin de soins.
À Pessac, un service de santé déjà très sollicité
À Pessac, l’Espace santé étudiants accueille les étudiants de plusieurs établissements partenaires. Il propose, sans avance de frais, des consultations de médecine générale, de psychologie, de psychiatrie avec ses partenaires et un accompagnement social.
En 2024, il avait réalisé 25 570 consultations auprès de 8 573 étudiants. Pour la santé mentale, il s’appuie notamment sur le centre hospitalier Charles-Perrens et la MGEN. Selon le bilan universitaire, environ la moitié de ces consultations relèvent d’une première écoute par des infirmiers ou médecins, l’autre moitié de consultations psychologiques.
Cette organisation permet de ne pas adresser systématiquement chaque étudiant à un psychologue dès le premier contact. Elle repose sur des financements de l’État, de l’Assurance maladie et de la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC), avec le soutien de l’Agence régionale de santé pour certaines actions.
Les moyens ont déjà été renforcés. Le bilan 2024 mentionne des renforts de personnel et de partenaires, ainsi que le recours au dispositif national Santé Psy Étudiant, qui finance des consultations auprès de psychologues extérieurs.
Pourtant, les résultats de PRISME montrent que l’existence d’une offre ne garantit pas que tous ceux qui en ont besoin puissent ou veuillent consulter.
Autre indice : 34,4 % des répondants ont déjà utilisé un outil d’intelligence artificielle pour des questions liées à leur santé mentale ou à leur bien-être. Parmi eux, près de 40 % expliquent ce choix par des difficultés d’accès à des professionnels, notamment liées au coût ou aux délais.
Ces réponses ne démontrent pas que les consultations de l’ESE sont saturées. Elles révèlent néanmoins la diversité des obstacles et la recherche d’autres formes de soutien.
Ce que l’université compte changer
Avec PRISME, l’Espace santé étudiants veut adapter sa prévention aux difficultés effectivement rencontrées.
Le service disposait déjà d’étudiants relais santé, de cafés santé et d’ateliers collectifs. L’ESE prépare désormais une grille pour repérer les étudiants qui cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité et mieux adapter leur accompagnement.
L’isolement figure également parmi les priorités : près de 45 % des répondants présentent une solitude modérée à sévère. Les ateliers RELIER, déjà proposés, cherchent à rompre cet isolement en favorisant les rencontres entre étudiants. L’enquête PRISME doit être reconduite chaque année pour suivre les évolutions.
Un étudiant isolé et en difficulté financière n’a pas nécessairement besoin de la même réponse qu’un étudiant nécessitant des soins psychiatriques.
Mais cette stratégie laisse une question opérationnelle ouverte. Aucun renforcement chiffré des capacités de consultation n’est annoncé à ce stade en réponse à PRISME. Les délais réellement rencontrés auprès de l’ESE ne sont pas publiés.
Pour ceux qui souhaitent consulter, l’Espace santé étudiants accueille sans avance de frais au 22, avenue Pey-Berland à Pessac, sur rendez-vous ou au 05 33 51 42 00. En cas d’idées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention, est gratuit et accessible 24 heures sur 24.
Sources consultées
- Espace santé étudiants / Université de BordeauxRésultats descriptifs PRISME ESE 2025-2026
- Université de BordeauxComment vont les étudiants bordelais ?
- Université de BordeauxDélibération n° 2025-60, bilan des actions financées par la CVEC en 2024
- Espace santé étudiantsNotre offre de santé
- Espace santé étudiantsAtelier RELIER, pour tisser du lien social