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Bordeaux : 400 policiers et gendarmes mobilisés, mais jusqu'à 100 commerces vandalisés le 17 octobre

Au lendemain des violences, la préfecture annonce 110 interpellations, 63 policiers blessés et 4 400 grenades tirées. Les pillages interrogent le dispositif de sécurité et l'aide aux commerçants.

Illustration - Commerces du centre de Bordeaux

Dimanche 18 octobre, Bordeaux mesure les dégâts des violences qui ont accompagné la mobilisation de la veille. Entre 50 et 100 commerces ont été vandalisés selon le maire, Thomas Cazenave. La résidence officielle de la préfète, rue Vital-Carles, a été saccagée. Le bilan communiqué dimanche fait état de 110 interpellations, dont environ 40 % de mineurs, et de 63 policiers blessés. Ces chiffres ont été annoncés lors d’un point presse à la résidence préfectorale, rapporté à 14 h 55 par Le Monde.

L’ampleur des destructions contraste avec celle du dispositif engagé : selon la préfète Sophie Brocas, 400 policiers et gendarmes ont été mobilisés samedi et 4 400 grenades ont été tirées. Des engins lanceurs d’eau, des blindés Centaure et le RAID ont également été déployés. Ces moyens n’ont pas empêché les pillages, notamment rue Sainte-Catherine, ni l’intrusion dans la résidence préfectorale.

Deux scènes à quelques rues de distance

La manifestation contre la vie chère, nourrie par le mouvement lycéen et étudiant, avait rassemblé plusieurs milliers de personnes place de la Bourse. Les premières tensions sont apparues avant même le départ du cortège. La préfète a expliqué dimanche que les forces de l’ordre avaient utilisé des gaz lacrymogènes dès la matinée en réponse à des violences commises sur la place.

Vers 18 heures, les journalistes de Bordeaux Gazette ont observé un cortège rejoignant calmement la place de la Victoire par le cours Pasteur. Au même moment, quelques rues plus loin, des groupes cagoulés attaquaient des commerces rue Sainte-Catherine et rue des Trois-Conils. Le magasin Micromania de cette dernière rue a notamment subi d’importantes dégradations.

Le contraste s’étendait à la présence policière. Bordeaux Gazette rapporte un dispositif important devant le palais Rohan, siège de la mairie, mais aucune présence policière visible, au moment du passage de ses journalistes, dans les portions de la rue Sainte-Catherine où ceux-ci ont constaté des pillages.

Cette observation ne décrit pas l’ensemble de l’opération. Elle montre néanmoins la difficulté rencontrée localement : protéger les institutions et encadrer le rassemblement tout en intervenant contre des groupes dispersés dans les rues commerçantes.

Dans la soirée, le Decathlon de la rue Sainte-Catherine a été pillé, puis incendié. Le feu s’est propagé à la façade de l’immeuble. L’Apple Store a également été dévalisé.

Une mobilisation sous-estimée

Dimanche, Sophie Brocas a reconnu que les autorités avaient anticipé une manifestation de moindre ampleur. La préfecture avait initialement communiqué samedi sur 260 policiers et 60 gendarmes départementaux engagés. Le bilan présenté dimanche porte ce total à 400 policiers et gendarmes mobilisés dans la journée, sans préciser l’évolution des effectifs heure par heure.

La préfète a également fait état de 4 400 grenades tirées au cours de la journée. Leur répartition par type n’a pas été précisée dans les informations publiées.

L’intervention du RAID illustre également la gravité de la situation. Cette unité spécialisée, qui ne relève pas du maintien de l’ordre habituel, a été mobilisée après l’attaque de la résidence préfectorale pour sécuriser les lieux. Son recours lors de violences urbaines est encadré par une doctrine policière adoptée en 2025.

L’opération bordelaise soulève désormais une question précise : comment les effectifs ont-ils été répartis entre les différents secteurs, et à quels moments les unités ont-elles pu intervenir face aux pillages ?

Les autorités n’ont pas encore publié de chronologie détaillée permettant de répondre.

Une résidence protégée, jusqu’à 100 commerces touchés

Rue Vital-Carles, des individus ont forcé l’entrée de l’hôtel de Nesmond, résidence officielle de la préfète, allumé un feu dans sa cour et pénétré à l’intérieur. La cour et le rez-de-chaussée ont été saccagés. Le bâtiment appartient au Département.

La cour et le rez-de-chaussée figurent parmi les parties protégées au titre des monuments historiques depuis 2023. Certains décors intérieurs sont classés depuis 1907. Un inventaire devra établir si ces éléments ont été touchés et quelles restaurations sont nécessaires.

Pour les commerçants, les conséquences sont plus immédiates. Vitrines détruites, stocks volés, incendies et éventuelles interruptions d’activité devront être évalués établissement par établissement. Le chiffre de 50 à 100 commerces avancé dimanche par Thomas Cazenave constitue encore une estimation, sans chiffrage public des pertes.

Le maire a annoncé qu’il allait étudier avec la Chambre de commerce et d’industrie une prise en charge des salaires et solliciter le ministre chargé des entreprises. Aucun dispositif précis, montant ou critère d’éligibilité n’a encore été annoncé.

La municipalité a également engagé ses services dans la sécurisation des commerces touchés et le nettoyage des rues.

Pour les professionnels victimes de vols ou de dégradations, conserver les photographies, factures et inventaires des marchandises permet de documenter les dommages auprès des assureurs. Lorsque l’auteur des faits est inconnu, ils peuvent déposer plainte sur le portail officiel du ministère de l’Intérieur. Certains faits graves nécessitent toutefois un dépôt de plainte auprès de la police ou de la gendarmerie.

Après les interpellations, deux bilans restent à établir

Le premier bilan préfectoral de samedi soir dénombrait 55 interpellations et 23 blessés, dont 15 membres des forces de sécurité et huit manifestants. Celui de dimanche porte le nombre d’interpellations à 110 et celui des policiers blessés à 63. Un bilan actualisé des blessés civils n’a pas été communiqué dans les informations vérifiées.

Les interpellations ne préjugent pas des responsabilités individuelles. Les enquêteurs devront distinguer les faits de violences, de vols et de dégradations et identifier leurs auteurs. Dimanche, les autorités ont appelé les témoins disposant de vidéos à les transmettre à la police pour faciliter leur identification.

La préfète a également évoqué la prochaine mobilisation annoncée pour le 5 novembre, en affirmant vouloir éviter la répétition des violences.

Les discussions entre la mairie, la CCI et l’État doivent encore préciser quelles aides pourront être versées et à quels commerces. Rue Sainte-Catherine, il faudra surtout savoir combien de boutiques pourront rouvrir et combien d’emplois restent affectés.

Sources consultées
  1. Préfecture de la GirondeDégradations, pillages et violences en marge de la journée de mobilisation à Bordeaux
  2. Le Monde, Claire MayerEN DIRECT, mobilisation du 17 octobre, point du 18 octobre à 14 h 55
  3. Bordeaux Gazette, Jean-Sébastien DufourgManifestation à Bordeaux : des milliers de personnes, une ville sous tension
  4. TF1 Info avec AFP17 octobre à Bordeaux : la résidence de la préfète « saccagée », le Raid déployé
  5. Ministère de la CultureHôtel de Nesmond, notice Mérimée PA33000255