Article

En Gironde, les abeilles portent la signature chimique des vignobles

En Gironde, une étude détecte 14 fongicides chez des abeilles près des vignes et une hausse du cuivre après les derniers traitements recensés dans une parcelle voisine.

Illustration - Abeilles au-dessus des vignes

À Saint-Magne-de-Castillon, les abeilles rapportent à la ruche autre chose que du nectar et du pollen. Des chercheurs ont retrouvé chez ces butineuses les traces de 14 fongicides différents, parfois 13 simultanément. Plus surprenant, la concentration de cuivre mesurée chez les insectes continue d’augmenter après le dernier traitement au cuivre recensé sur une parcelle voisine.

Publiée le 3 septembre 2026 dans Peer Community Journal, cette étude menée par Léa Tison et ses collègues d’INRAE et de l’université de Bordeaux montre comment les abeilles peuvent révéler l’empreinte chimique d’un paysage, au-delà des seules dates de pulvérisation.

Les scientifiques ont suivi huit colonies réparties entre quatre environnements girondins : un secteur urbain à Villenave-d’Ornon, un site périurbain près de Gujan-Mestras, une zone forestière et un vignoble près de Saint-Magne-de-Castillon. De mai à octobre, ils ont prélevé des butineuses toutes les trois semaines pour rechercher pesticides et éléments chimiques.

L’idée d’utiliser les abeilles comme sentinelles de la pollution existe déjà. Leur rayon de prospection, souvent de plusieurs kilomètres, en fait de précieuses collectrices d’informations sur leur environnement. L’originalité du travail girondin tient à la combinaison des analyses : suivre simultanément les pesticides de synthèse, les métaux et leur évolution au fil d’une saison.

Les résultats dessinent quatre signatures chimiques distinctes.

Près des vignes, les chercheurs ont identifié 14 fongicides différents au cours du suivi. En juin, jusqu’à 13 étaient présents dans les mêmes prélèvements, avec une concentration cumulée dépassant 800 nanogrammes par gramme d’abeilles analysées.

Huit de ces substances correspondent à des produits appliqués sur la parcelle viticole la plus proche, dont le calendrier de traitement était connu des scientifiques. Les six autres pourraient provenir d’exploitations alentour. Même dans le secteur urbain de Villenave-d’Ornon, les abeilles portent des traces de fongicides viticoles : des vignes se trouvent également à leur portée.

Une colonie enregistre ainsi les expositions d’un territoire qui ne s’arrête pas aux limites d’une exploitation.

Mais le résultat le plus singulier concerne le cuivre, compagnon historique du vignoble bordelais.

Depuis la fin du XIXe siècle, la bouillie bordelaise sert à combattre le mildiou. Le cuivre reste employé en viticulture conventionnelle comme biologique. Il protège efficacement les cultures, mais ne se dégrade pas et peut s’accumuler dans les sols au fil des décennies.

Chez les abeilles du site viticole, sa concentration augmente en moyenne de 7 milligrammes par kilogramme et par mois, jusqu’à atteindre 97 milligrammes par kilogramme dans un prélèvement. Cette progression, statistiquement significative, n’apparaît dans aucun des trois autres environnements étudiés.

Surtout, elle se poursuit après le dernier traitement au cuivre enregistré fin juillet sur la parcelle voisine.

Le calendrier de cette parcelle ne suffit donc pas, à lui seul, à expliquer l’évolution des concentrations mesurées chez les abeilles. Les butineuses pourraient rencontrer des résidus sur les végétaux, dans les poussières ou dans les ressources alimentaires, y compris après une pulvérisation.

Les analyses ne permettent toutefois pas de distinguer le cuivre déposé sur la surface des abeilles de celui qu’elles ont absorbé. Les individus prélevés changent également d’une campagne à l’autre : la hausse observée ne démontre donc pas une accumulation progressive à l’intérieur d’une même abeille.

L’étude ne mesure pas les effets de cette exposition sur les colonies et ne porte que sur un seul site viticole.

Les prélèvements successifs permettent néanmoins de comparer plusieurs familles de contaminants et de suivre leurs variations tout au long d’une saison.

À Villenave-d’Ornon, les équipes d’INRAE travaillent précisément sur la réduction des traitements et la protection durable de la vigne. À Saint-Magne-de-Castillon, leurs prélèvements montrent déjà un décalage à expliquer : les concentrations de cuivre relevées chez les abeilles augmentent encore après le dernier traitement enregistré sur la parcelle voisine.

Sources consultées
  1. Peer Community JournalVineyard footprint revealed by honey bees used as sentinels for organic and inorganic contaminants in contrasted environments
  2. INRAE, Santé et Agroécologie du VignobleSeptembre 2026 - Nouvel article - Léa Tison
  3. INRAEPeut-on se passer du cuivre en agriculture biologique ?