
Jeudi 8 octobre, vers 16 heures, des individus masqués ont entassé des poubelles devant l’entrée du poste de police des Capucins, à Bordeaux, puis y ont mis le feu. Les flammes ont gagné une partie de la façade. Trois policiers se trouvaient dans le bâtiment : ils ont dû évacuer par une issue de secours, selon le communiqué conjoint du ministère de la Justice et du parquet de Bordeaux rapporté par Reuters.
L’incendie a été maîtrisé et les trois agents sont sortis sans blessure signalée. Au samedi 10 octobre, aucun nouveau bilan matériel officiel n’a été communiqué. Le fonctionnement de l’accueil du poste après l’incendie n’est pas confirmé. L’enquête doit établir les responsabilités individuelles, mais aussi déterminer si les auteurs avaient connaissance de la présence des policiers derrière la porte incendiée.
Un feu allumé contre l’accès d’un bâtiment occupé
Les poubelles ont été regroupées contre l’entrée du poste avant d’être incendiées. En atteignant cet accès, les flammes pouvaient compliquer l’évacuation des occupants. Le danger ne se limitait donc pas aux dégâts matériels : le feu et les fumées menaçaient aussi les personnes présentes.
Le déroulement exact de cette évacuation reste cependant à préciser. Un récit publié vendredi par le syndicat policier UN1TÉ évoque un agent parvenu à l’extérieur et deux collègues encore dans les locaux avant leur évacuation. Il apporte des détails absents du premier bilan, sans permettre de reconstituer avec certitude les mouvements de chacun.
De la destruction dangereuse à la possible tentative d’homicide
Dès jeudi, le procureur de Bordeaux, Renaud Gaudeul, a ouvert une enquête de flagrance pour destruction d’un bien par un moyen dangereux pour les personnes, aggravée par la qualité de policiers des utilisateurs du bâtiment. Les investigations ont été confiées à la division de la criminalité territoriale de la police nationale en Gironde.
L’article 322-8 du Code pénal prévoit jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle lorsque la destruction dangereuse d’un bien est commise en raison de la qualité de policier de son propriétaire ou utilisateur. Il n’est pas nécessaire qu’une personne ait été blessée pour que cette circonstance aggravante puisse être retenue.
Vendredi 9 octobre, Le Figaro a rapporté un élargissement de l’enquête à des tentatives d’homicide. Cette évolution a également été évoquée par d’autres médias, mais aucun nouveau communiqué public du parquet permettant d’en vérifier directement les termes n’a été retrouvé.
La distinction juridique est essentielle. Pour caractériser une tentative de meurtre, il ne suffit pas d’établir que l’incendie exposait des personnes à un danger mortel. Il faut aussi démontrer une intention de tuer et un commencement d’exécution.
La connaissance de la présence des policiers pourrait donc devenir un élément important de l’enquête. Elle ne prouverait cependant pas, à elle seule, une intention homicide.
Une attaque distincte du cortège lycéen
L’incendie s’est produit en marge d’une mobilisation lycéenne qui a réuni environ 2 800 personnes à Bordeaux, selon la préfecture et le rectorat. Quinze établissements scolaires étaient fermés en Gironde ce jeudi.
Les autorités ont recensé onze interpellations et quatre blessés légers, dont trois policiers et un professeur, pour l’ensemble des troubles de la journée. Ces chiffres ne correspondent pas au bilan propre à l’incendie des Capucins. Ils ne permettent notamment pas de déterminer combien de personnes ont été interpellées pour cette attaque.
L’identité des auteurs n’est pas publiquement établie dans les éléments judiciaires vérifiés. Le fait que l’incendie soit survenu pendant une journée de manifestation ne permet pas davantage d’en imputer la responsabilité aux lycéens mobilisés dans leur ensemble.
Un poste endommagé, un accueil à clarifier
Le fonctionnement du poste après l’incendie reste à préciser. Les informations publiées font état de dommages à la façade, mais aucun montant de réparation ni calendrier de remise en état n’a été confirmé. On ignore également si l’accueil du public a été affecté.
L’hôtel de police de Bordeaux, situé au 23 rue François-de-Sourdis, dispose pour sa part d’un accueil ouvert 24 heures sur 24, selon le service officiel Ma Sécurité, dont la fiche a été actualisée le 6 octobre.
L’enquête doit désormais établir qui a incendié l’entrée du poste des Capucins et si ces personnes savaient que trois policiers se trouvaient à l’intérieur.
Sources consultées
- ReutersBordeaux police station attacked by arsonists
- Académie de Bordeaux et préfecture de la GirondeCommuniqué de presse, mobilisation lycéenne du jeudi 8 octobre
- UN1TÉ, ActuPoliceBordeaux : le poste de police des Capucins incendié lors de la mobilisation lycéenne, trois policiers échappent à la mort
- Le FigaroBordeaux : l'enquête élargie à des tentatives d'homicides après l'incendie d'un poste de police
- LégifranceCode pénal, article 322-8
- Ministère de l'Intérieur, Ma SécuritéContacts utiles, Hôtel de police de Bordeaux