
Au Haillan, HyPrSpace vient d’ouvrir une usine de 7 000 m² pour fabriquer les pièces de ses moteurs et assembler ses lanceurs. L’entreprise vise à terme une capacité de 100 moteurs par an, soit de quoi équiper environ une douzaine de lanceurs. Mais Baguette One, son démonstrateur suborbital, n’a encore jamais volé : son premier tir est prévu en 2027 depuis Biscarrosse.
HyPrSpace ne se contente plus de développer un moteur et d’en tirer des prototypes sur un banc d’essai. Elle organise déjà leur fabrication en série. Le nouveau site, occupé depuis août, comprend deux bâtiments distincts : l’un pour produire les pièces élémentaires, l’autre pour assembler le lanceur. Selon son directeur général Nicolas Billecocq, la production y a commencé.
Cette montée en cadence change la nature du travail. Une offre de recrutement d’HyPrSpace consacrée aux opérations d’assemblage, d’intégration et de tests mentionne des flux entre ateliers, des gammes de fabrication et de contrôle, des outillages à concevoir et étalonner, des zones de stockage et des essais destinés à sécuriser les méthodes avant la série. Ce sont des préoccupations d’usine, plus seulement de bureau d’études.
La propulsion hybride développée par HyPrSpace explique une partie de ce pari industriel. Le moteur associe un carburant solide en polyéthylène à de l’oxygène liquide. L’oxydant est poussé vers la chambre de combustion par pressurisation à l’hélium, sans turbopompe. L’architecture supprime ainsi une machine particulièrement complexe. L’entreprise en attend moins de pièces, un assemblage simplifié et des coûts plus faibles. Ces gains économiques restent cependant des objectifs industriels : ils n’ont pas encore été démontrés par une exploitation régulière de lanceurs.
La propulsion a déjà atteint les essais à pleine échelle. HyPrSpace a réalisé des campagnes de mises à feu sur les installations de DGA Essais de missiles à Saint-Médard-en-Jalles. Deux essais au sol doivent encore précéder le vol de Baguette One. La DGA présente précisément le tir prévu en 2027 comme le passage des essais de propulsion au sol à une démonstration en vol, destinée à valider des choix techniques pour le futur lanceur orbital OB-1.
L’entreprise dispose aussi d’un premier débouché public. Le CNES l’a retenue en 2024 parmi quatre opérateurs pour démontrer un service français de micro ou mini-lancement, avec des jalons permettant d’interrompre le contrat si les étapes techniques ne sont pas franchies. La sélection n’équivaut donc pas à une qualification technique. À l’échelle européenne, HyPrSpace ne faisait par ailleurs pas partie des cinq entreprises retenues lors de la première sélection du European Launcher Challenge de l’ESA.
La commune appartient à Bordeaux Aéroparc, spécialisé dans l’aéronautique, le spatial et la défense, tandis que la DGA dispose à quelques kilomètres, à Saint-Médard-en-Jalles, de moyens d’essais de propulsion. La conception, la fabrication et une partie des essais au sol se concentrent ainsi dans l’ouest bordelais.
Avant que Baguette One ne parte pour Biscarrosse, le premier test de la nouvelle usine se jouera dans ses deux halls du Haillan : réussir à fabriquer plusieurs moteurs selon les mêmes méthodes et avec les mêmes caractéristiques. C’est cette répétabilité, bien davantage que la surface inaugurée, qui fera la preuve du passage à la production en série.
Sources consultées
- ReutersFrance's HyPrSpace targets 100 'Baguette One' rocket engines a year in debut factory
- Direction générale de l’armementLa DGA et l’AID mettent leur expertise au profit de la société HyPrSpace pour le premier lancement du lanceur suborbital Baguette One
- CNESAnnonce des 4 lauréats de l’appel d’offres pour la démonstration d’un service de micro/mini-lancement
- HyPrSpaceHybrid Rocket Propulsion
- Bordeaux MétropoleFilière Aéronautique-Spatial-Défense