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À Audenge, l’archéologie révèle ce que la forêt landaise a recouvert

Au Domaine de Certes, une exposition révèle les paysages qui précédaient la grande forêt landaise : routes antiques, cultures, troupeaux et usages successifs du territoire.

Illustration - Forêt landaise et traces archéologiques

Au Domaine de Certes et Graveyron, à Audenge, une nouvelle exposition propose de regarder autrement l’un des paysages les plus familiers du Sud-Ouest. « Aux racines de la forêt : archéologie des Landes de Gascogne », inaugurée le 25 septembre et présentée jusqu’au 31 août 2027, rassemble des recherches sur ce territoire de l’Antiquité à la généralisation de la sylviculture au XIXe siècle.

Première surprise : le pin, lui, n’a rien d’un nouveau venu. À Losa, station routière gallo-romaine aujourd’hui sous les eaux du lac de Sanguinet, de grandes jarres contenant des résidus goudronneux attestent la production et le stockage de poix. Entre le Ier siècle avant notre ère et le IIIe siècle, on y exploitait donc déjà les résineux.

Ce qui change au XIXe siècle n’est pas leur présence, mais leur domination. Après la loi de 1857 sur l’assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne, le boisement massif en pins maritimes transforme en quelques décennies le paysage. La forêt presque continue que nous connaissons aujourd’hui recouvre alors des landes où les usages du sol étaient bien plus variés.

Les recherches récentes compliquent encore l’histoire. Le projet AgroPast, coordonné par Frédéric Boutoulle à Bordeaux Montaigne et conclu les 24 et 25 septembre par un colloque à Sabres, a étudié l’ancien système agropastoral landais. Celui-ci associait notamment seigle, millet et élevage extensif de moutons dans un milieu sableux et humide. Les chercheurs ont précisément voulu tester l’idée selon laquelle cette organisation aurait déjà existé au Moyen Âge sous une forme proche de celle connue à l’époque moderne. Les archives, pollens, restes végétaux et données archéologiques recueillis pendant cinq ans ne racontent pas tous cette histoire-là.

L’exposition fait ainsi réapparaître sous la forêt actuelle plusieurs paysages successifs : des voies de circulation antiques, l’exploitation des résineux, des terres cultivées, des troupeaux, puis une économie forestière devenue dominante. Ce que l’on prend facilement pour un décor naturel stable est aussi le produit de choix humains, de techniques et d’adaptations accumulés pendant des siècles.

Le Domaine de Certes raconte lui-même une histoire de paysage aménagé. À partir du milieu du XVIIIe siècle, des kilomètres de digues y ont été construits pour créer des bassins destinés au sel. L’activité a ensuite laissé place à la pêche, à l’élevage et à l’exploitation forestière.

L’exposition se trouve à l’accueil du domaine, ouvert jusqu’à fin octobre de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h, puis de 10 h à 13 h et de 14 h à 17 h de novembre à mars. À la sortie, les digues de Certes prolongent presque la visite : elles paraissent aujourd’hui indissociables du paysage, alors qu’elles ont été construites pour produire du sel.

Sources consultées
  1. Département de la GirondeJournées de l'archéologie en Gironde 2026
  2. Musée du Lac de SanguinetLosa : un site gallo-romain
  3. Université de Pau et des Pays de l’Adour, laboratoire ITEMHistoire et archéologie du système agropastoral dans les Landes de Gascogne, nouveaux regards
  4. Ministère de la CultureFélix Arnaudin et la Grande-Lande
  5. Département de la GirondeDomaine de Certes et Graveyron