
Azur Drones s’apprête à changer une nouvelle fois de propriétaire à Mérignac. Le 27 août, Drone Volt a signé un protocole engageant pour céder à Tonner Drones la société qui regroupe les actifs industriels et opérationnels repris par décision du tribunal de commerce de Bordeaux le 29 juillet. L’opération doit encore être approuvée dans le cadre de la procédure judiciaire.
Ce passage de relais intervient autour d’une technologie qui a déjà dépassé le stade du prototype. Skeyetech associe un drone à une station d’accueil depuis laquelle il peut décoller, effectuer automatiquement une ronde ou une inspection, puis revenir se poser, sous supervision à distance. Selon Azur Drones, le système a notamment été déployé sur le vaste site chimique de BASF à Ludwigshafen, où il était utilisé plusieurs fois par jour par les équipes de sécurité. Les deux acquéreurs successifs revendiquent désormais plus de 62 000 vols hors vue directe dans onze pays.
Le contraste avec les comptes d’Azur Drones est saisissant. En 2024, l’entreprise a réalisé 1,52 million d’euros de chiffre d’affaires. Ses seuls salaires et charges sociales atteignaient 4,09 millions d’euros, et la perte nette 5,35 millions. En 2023, pour 758 000 euros de chiffre d’affaires, elle avait perdu 8,23 millions. La technologie pouvait fonctionner sur le terrain, mais les ventes restaient sans commune mesure avec la structure qui la développait et la déployait.
Placée en redressement judiciaire le 3 juin, l’ancienne société a fait l’objet d’un plan de cession arrêté le 29 juillet, avant sa liquidation le lendemain. Selon L’Informé, Drone Volt avait proposé 160 000 euros et le maintien d’une quinzaine de salariés sur 38. Le jugement public confirme la reprise par Drone Volt, sans détailler ces conditions.
Drone Volt explique avoir ensuite placé les actifs repris dans une nouvelle société Azur Drones détenue par sa filiale InAirTech. Le protocole signé avec Tonner porte sur 100 % du capital de cette nouvelle structure. Tonner affirme reprendre l’opération aux mêmes conditions et au même prix que Drone Volt et annonce un redémarrage avec un effectif réduit, composé de collaborateurs jugés essentiels. Le nombre final de salariés conservés n’est pas publié.
Ce noyau de compétences a une histoire girondine. Skeyetech a été accompagné à ses débuts par Bordeaux Technowest, qui lui a donné accès à des moyens d’essais de drones. Azur Drones a racheté la jeune société en 2017 puis regroupé sa recherche et développement à Mérignac. Le système reste présenté comme conçu et fabriqué au 2 rue Vert-Castel.
Tonner Drones présente désormais la nouvelle société comme débarrassée de sa dette et beaucoup plus légère. La rentabilité n’est pas encore démontrée. Mais le cas Azur Drones montre déjà quelque chose de moins fréquent dans les récits d’innovation : une technologie peut franchir les obstacles techniques, réglementaires et opérationnels sans que l’entreprise qui l’a construite trouve pour autant son équilibre.
À Mérignac, le prochain test de Skeyetech n’est donc plus seulement technique. Il sera économique : faire vivre cette technologie avec une équipe resserrée.
Sources consultées
- Drone VoltDRONE VOLT annonce la signature d'un protocole engageant avec Tonner Drones comprenant la cession des actifs de la société Azur Drones, ainsi qu'un partenariat industriel et commercial
- Tonner DronesTonner Drones élargit son exposition aux secteurs de la Défense et de la Sécurité grâce à l’acquisition d’Azur Drones
- PappersAZUR DRONES
- Les Petites AffichesPlan de cession AZUR DRONES
- L’InforméDrone Volt récupère Azur Drones à la barre du tribunal
- Ville de MérignacL’exemple Skeyetech