
À 5 heures du matin, au domaine de Certes à Audenge, Sylvain Cardonnel tend des filets presque invisibles. Toutes les 45 minutes, l’agent du Département les relève. Les oiseaux capturés sont identifiés, mesurés, pesés, bagués puis relâchés. En une matinée, une cinquantaine peuvent ainsi passer quelques minutes entre ses mains.
Le geste est précis. Sa valeur scientifique vient surtout de sa répétition.
Bagueur certifié par le Centre de recherches sur la biologie des populations d’oiseaux du Muséum national d’Histoire naturelle, Sylvain Cardonnel participe au suivi des populations selon des protocoles standardisés. Les mêmes opérations, reproduites dans des conditions comparables d’une année à l’autre, permettent de suivre l’évolution des oiseaux plutôt que les seules variations d’une journée de comptage.
En août, le domaine accueille aussi avec la LPO une station consacrée aux migrations. Certes devient alors une halte dans des voyages qui dépassent largement le bassin d’Arcachon.
Un chiffre suffit à donner l’échelle de ces déplacements. En 2022, parmi les oiseaux contrôlés à Certes, 43 avaient déjà été bagués dans sept autres pays européens, jusqu’en Suède et en Hongrie. Le petit anneau métallique permet ainsi de relier quelques minutes d’observation à Audenge à un parcours commencé plusieurs centaines ou milliers de kilomètres plus loin.
La campagne se poursuit cet été. Le 10 août 2026, la station recensait 170 oiseaux de 19 espèces. Son bilan complet pour le mois n’est pas encore publié. En 2024, la LPO avait notamment signalé le passage de deux Phragmites aquatiques, une espèce particulièrement menacée.
Dans les marais, roselières, prairies et bassins de Certes et Graveyron, cette succession de mesures transforme aussi le site en terrain d’observation scientifique. Propriété du Conservatoire du littoral et géré par le Département, le domaine a vu 258 espèces d’oiseaux observées en trois décennies.
Le Département associe la stabilité de certaines populations à sa gestion écologique du domaine, mais le suivi des oiseaux ne suffit pas, à lui seul, à établir l’effet propre d’une méthode de gestion.
À Certes, la science conserve ainsi quelque chose de très manuel. Il faut revenir au même endroit, ouvrir les filets à l’aube, examiner les plumes, mesurer une aile, noter quelques grammes et lire les numéros déjà présents. Puis la main s’ouvre. L’oiseau repart au-dessus des marais d’Audenge, avec une bague dont le numéro pourra un jour être relevé ailleurs en Europe.