
La plateforme bordelaise Tudigo est en redressement judiciaire depuis le 5 août, avec une cessation des paiements fixée au 31 juillet. Pour ses investisseurs, la difficulté de l’intermédiaire ne se confond toutefois pas avec celle des entreprises qu’il a financées. La question immédiate est ailleurs : qui suit désormais les actions et obligations souscrites sur Tudigo, et qui fait circuler l’argent ?
Tudigo est agréé par l’Autorité des marchés financiers comme prestataire de services de financement participatif pour les investissements en actions et en obligations. Selon Tudigo, les sommes déjà investies ont été versées aux entreprises financées. Les remboursements, intérêts ou produits de cession déjà encaissés mais pas encore reversés sont, eux, conservés chez Lemonway sur des comptes séparés de ceux de Tudigo.
Selon la plateforme, les flux doivent désormais être autorisés par l’administrateur judiciaire Sylvain Hustaix, du cabinet FHBX. Tudigo indique que les remboursements et distributions continuent à être traités, mais que ce contrôle supplémentaire peut allonger les délais. La gestion des investissements se poursuit elle aussi sous la supervision de l’administrateur, notamment lorsque des entreprises financées sont elles-mêmes en difficulté.
La structure des placements explique pourquoi le redressement de Tudigo n’emporte pas celui des sociétés financées. Pour les obligations, les investisseurs sont directement créanciers de l’entreprise émettrice. Pour les levées en actions, Tudigo indique qu’une société dédiée, ou SPV, est en principe interposée entre les particuliers et l’entreprise. La plateforme conserve cependant un rôle important après la collecte : informations aux investisseurs, opérations sur les titres, assemblées, distributions et parfois recouvrement. Ces fonctions doivent désormais être assurées malgré la procédure judiciaire.
Une recherche de repreneur est déjà engagée. D’après le calendrier communiqué par Tudigo, les offres doivent être déposées avant le 14 septembre à midi et le tribunal de commerce de Bordeaux doit les examiner le 30 septembre. Tudigo indique privilégier à ce stade une reprise plutôt qu’un plan de redressement.
Si aucun repreneur ne poursuit la gestion des participations et qu’une liquidation intervient, un dispositif de continuité est prévu. Le plan mis à jour le 7 août organise le transfert de certaines fonctions vers des prestataires spécialisés, notamment Capsens pour l’outil technique et 1563 ou Covalt pour une partie de la gestion juridique et du recouvrement. Cette bascule pourrait aussi créer de nouveaux frais pour les investisseurs selon les dossiers. Le dispositif est prévu, mais il n’est pas activé aujourd’hui.
En 2024, Tudigo avait réalisé 6,82 millions d’euros de chiffre d’affaires pour une perte nette de 1,69 million. Le redressement survient aussi dans un marché moins fluide. Le baromètre 2025 du crowdfunding de Forvis Mazars relève qu’une collecte de start-up durait en moyenne 89 jours, contre 61 en 2024.
La société attribue ses tensions de trésorerie à la fois à ce retournement de marché et à une crise interne de gouvernance. La cause précise de la cessation des paiements n’est pas détaillée dans l’annonce officielle. À Bordeaux, la prochaine échéance est désormais fixée au 14 septembre : le contenu des offres de reprise dira notamment qui pourrait reprendre cette gestion dans la durée, indispensable bien après la levée de fonds.
Sources consultées
- BODACCTudigo — Procédures collectives, annonce A202601551894
- Autorité des marchés financiersTudigo — Liste blanche PSFP
- TudigoPlacement en procédure de redressement judiciaire et conséquences sur vos investissements
- TudigoProcédure de gestion extinctive et plan de continuité d’activité
- Entreprises Le FigaroBulb In Town / Tudigo — comptes annuels 2024
- Forvis Mazars et France FinTechBaromètre 2025 du crowdfunding en France