À Targon, dans l’Entre-deux-Mers, une exploitation familiale a recruté des vendangeurs pour commencer la récolte du crémant le 6 août. Douze à quatorze jours de travail étaient annoncés. Dans le même temps, l’ANEFA Gironde recherche à Saint-Émilion des coupeurs pour une saison des crémants qui commence « dès ce début du mois d’août ». En Gironde, le vieux rituel des vendanges mord cette année franchement sur les vacances d’été.
Le crémant ouvre traditionnellement le bal. Pour fabriquer ces vins effervescents, il faut notamment préserver de la fraîcheur dans le raisin. Et la récolte reste une affaire de bras : le cahier des charges du Crémant de Bordeaux impose une vendange manuelle, des grappes transportées sans être écrasées puis pressées dans les vingt-quatre heures. Elles arrivent entières au pressoir, sans foulage ni éraflage. Le premier signe visible du millésime, ce sont donc des équipes, des sécateurs, des récipients à vendange et le pressoir qui reprend du service.
Le 6 août reste une date annoncée par une exploitation, pas un coup d’envoi uniforme de tout le vignoble. Elle est néanmoins remarquable. À Sauveterre-de-Guyenne, France 3 avait suivi les premiers merlots destinés au crémant le 25 août en 2021 et rappelait qu’en 2020, année déjà très précoce, la récolte avait débuté le 12 août. Si la récolte a bien débuté le 6 août à Targon, ce chantier se placerait presque une semaine avant ce précédent documenté de 2020.
Cette avance est visible bien avant les sécateurs. Le 28 juillet, le Bulletin de santé du végétal relevait que, sur son réseau Nord-Aquitaine couvrant notamment la Gironde, la mi-véraison avait été atteinte avec deux semaines d’avance sur 2022 et 2023, jusque-là parmi les millésimes les plus précoces de la série récente. Le 4 août, le même réseau parlait explicitement de la « précocité de ce millésime » et terminait déjà son bulletin par un souhait de bonnes vendanges.
Cette avance s’inscrit dans un été exceptionnellement chaud et sec. Bordeaux-Mérignac a atteint 42,5 °C pendant la canicule historique de juin. Une deuxième vague de chaleur a ensuite duré seize jours en juillet, avec neuf nuits consécutives au-dessus de 20 °C à Bordeaux. Dans les vignes, les observateurs agricoles signalaient fin juillet brûlures de baies, dessèchements et symptômes de stress liés à la chaleur et à la sécheresse. Une saison rapide n’est donc pas nécessairement une saison facile.
Et tout Bordeaux ne suivra pas Targon au même rythme. Une offre pour un Saint-Émilion Grand Cru conserve un début prévisionnel au 1er septembre, tandis que la Maison Dubecq envisageait début juillet les blancs secs autour du 15 août et les merlots dans la dernière semaine du mois. Les dates se décideront parcelle par parcelle selon la maturité.
Pour l’instant, cette précocité se lit dans une scène très girondine : à Targon, l’offre promet le casse-croûte du matin et le repas de midi aux saisonniers. En 2026, ce casse-croûte de vendanges est déjà inscrit au calendrier du début août.
Sources consultées
- AgrimatesVendangeur pour récolte de crémants H/F
- France Travail / ANEFA GirondeVendangeur (H/F)
- DRAAF Nouvelle-Aquitaine / Chambre d’agricultureBulletin de santé du végétal Vigne Nord-Aquitaine n°18, 28 juillet 2026
- Ministère de l’AgricultureCahier des charges de l’AOC Crémant de Bordeaux, homologué le 4 juin 2026
- Météo-FranceCanicule de juin 2026 : un épisode historique