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EPR2 au Blayais : ce que la Gironde devrait organiser avant les réacteurs

Le soutien de Bordeaux Métropole au Blayais montre qu’une paire d’EPR2 engagerait emploi, logement, mobilités, foncier, industrie et estuaire.

Centrale nucléaire du Blayais

Bordeaux Métropole a réaffirmé le 30 juin son soutien à la candidature du Blayais pour accueillir une paire d’EPR2. Ce soutien arrive juste après la remise, le 24 juin, du dossier de soutien à EDF. Le site n’est pas choisi : la décision appartient encore au processus national. Le coût et le calendrier propres au Blayais ne sont pas publics.

À Braud-et-Saint-Louis, l’ordre de grandeur existe déjà. La centrale actuelle compte quatre réacteurs de 900 MWe. EDF indique qu’elle a produit 23 TWh en 2025 et mobilise 2 196 salariés d’EDF et d’entreprises partenaires. L’Insee avait déjà montré l’épaisseur locale du site : 1 500 salariés EDF, 1 000 emplois liés à la sous-traitance, plus de 3 500 emplois directs, indirects et induits au total, et 9 400 personnes dont la vie économique dépend de la centrale dans une zone de 74 communes.

C’est cette mécanique que le dossier EPR2 amplifierait. En février, l’État et la Région ont constitué quatre groupes de travail sur le foncier, le développement économique, l’emploi-formation, les mobilités et les infrastructures. Ces groupes disent déjà où se situerait l’effort : préparer un territoire à un chantier qui pourrait générer plus de 7 000 emplois supplémentaires, selon les porteurs publics de la candidature. Des emplois, mais aussi des logements, des trajets quotidiens, des formations, des sous-traitants, des accès routiers, des flux par l’estuaire et une capacité locale à absorber un chantier industriel long.

Le soutien de Bordeaux Métropole prend là son sens. Le Blayais se trouve à 66 km du centre de Bordeaux, au nord du département, près de la Charente-Maritime. La métropole n’accueillerait pas le chantier, mais elle serait concernée par ses effets : entreprises, formation, mobilités, logement, production électrique, attractivité industrielle. Son “Pacte girondin”, présenté comme une coopération avec les communes et intercommunalités autour de l’énergie, de l’eau, des déchets, des transports, du logement et de l’économie, trouve ici une première épreuve sérieuse. La grande infrastructure serait en Haute-Gironde, mais la capacité d’organisation serait départementale.

Cette candidature arrive aussi dans un programme nucléaire surveillé. EDF évalue à 72,8 milliards d’euros, en valeur 2020, le coût prévisionnel des six premiers EPR2 prévus à Penly, Gravelines et Bugey. L’objectif annoncé pour le premier réacteur de Penly est 2038. La Cour des comptes a rappelé en 2025 que la filière EPR reste exposée à des incertitudes techniques, industrielles, organisationnelles et financières. Autrement dit, le Blayais ne candidate pas à un équipement simple, mais à une promesse industrielle dont la France entière cherche encore la bonne cadence.

Le site a aussi sa géographie propre. La candidature met en avant l’estuaire de la Gironde comme ressource et comme axe possible de logistique. Mais l’estuaire est aussi une mémoire de sûreté : l’inondation de 1999 a conduit à renforcer les protections du site et reste un repère dans la gestion du risque. L’ASNR juge que les performances de sûreté du Blayais ont fortement progressé en 2025 après une dégradation constatée entre 2022 et 2024, tout en maintenant des points de vigilance.

Le soutien bordelais ne transforme donc pas la candidature en victoire. Il clarifie ce que le dossier déplace en Gironde. Si le Blayais est retenu, la question ne sera pas seulement de construire deux réacteurs derrière les clôtures du CNPE. Elle sera de savoir si la Gironde sait organiser, autour de Braud-et-Saint-Louis, le territoire qui rendrait ce chantier possible.

Sources consultées
  1. Bordeaux MétropoleBordeaux Métropole réaffirme son ambition d’une coopération renforcée avec les territoires girondins
  2. Préfecture de la GirondeComité stratégique d’accompagnement de la candidature EPR2 du Blayais
  3. EDFLa centrale nucléaire du Blayais
  4. InseeLa centrale nucléaire du Blayais emploie 1 500 salariés et contribue à faire vivre 9 400 personnes
  5. Cour des comptesLa filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants
  6. ASNRCentrale nucléaire du Blayais