Article

En Gironde, les implantations récentes racontent la chasse aux compétences rares

Les annonces récentes d’Invest in Bordeaux montrent une économie locale qui cherche surtout des savoir-faire difficiles à recruter.

Bureaux et usine en Gironde

Invest in Bordeaux a publié fin mai et en juin plusieurs annonces d’entreprises liées à la Gironde. La série ne raconte pas seulement l’arrivée de nouveaux bureaux: elle montre ce que les entreprises viennent chercher à Bordeaux, Pessac, Mérignac ou au Barp. Des marchés, bien sûr. Mais surtout des compétences.

Le cas le plus massif est Tessalia. Portée par Foxconn, Radiall et Thales, la coentreprise veut installer au Barp une activité d’assemblage et de test de semi-conducteurs. Elle vise plus de 50 millions de composants System in Package par an à l’horizon 2033, avec une production attendue fin 2029. L’usine ne fabriquera pas les puces elles-mêmes. Elle interviendra à l’étape où plusieurs fonctions électroniques sont assemblées, encapsulées et testées dans un composant compact, pour des usages exigeants comme l’aérospatial, les télécoms, l’automobile ou le médical.

Cette annonce donne l’échelle industrielle. Les autres publications récentes racontent une autre partie de l’économie locale: celle des fonctions que les PME, ETI et jeunes entreprises n’ont pas toujours les moyens d’internaliser. NextMove, basée en Nouvelle-Aquitaine, vend une direction commerciale externalisée, avec des outils d’IA pour la prospection, la qualification de prospects, le suivi CRM et les prévisions. Sloworker développe à Bordeaux une communauté de freelances du numérique, du produit, du marketing, de la data ou des opérations, fondée sur le partage de missions et la recommandation entre indépendants. DELCADE, cabinet d’affaires né à Bordeaux en 2014, met en avant son travail auprès des entreprises françaises qui partent à l’international et des investisseurs étrangers qui s’implantent en France.

La cybersécurité donne à ce mouvement un versant moins confortable. Atelier Cyber, dont l’ouverture bordelaise avait été signalée en avril, s’inscrit dans un paysage local où le Campus Cyber Nouvelle-Aquitaine est installé à Pessac. Le besoin n’a rien d’abstrait: l’ANSSI a traité 3 586 événements de sécurité en 2025, dont 1 366 incidents, et Cybermalveillance.gouv.fr indiquait que 16 % des TPE-PME interrogées déclaraient avoir subi au moins un incident cyber dans l’année.

Les ruptures techniques y sont rares. L’intérêt tient plutôt dans la disponibilité locale de savoir-faire qui font passer une entreprise d’un stade artisanal à un fonctionnement plus robuste: vendre avec méthode, recruter des experts ponctuels, sécuriser un système d’information, gérer des contrats internationaux, assembler des composants critiques. Ce constat prolonge le précédent radar des implantations de mars-avril en Gironde, déjà marqué par de petites équipes spécialisées plutôt que par de grands déménagements de sièges.

Pour la Gironde, cette séquence dessine un rôle plus discret: accueillir les métiers qui rendent la croissance possible. Les pins du Barp accueilleront peut-être une usine de composants électroniques. À Bordeaux et Pessac, des bureaux plus modestes travaillent sur les couches moins visibles de la croissance: le droit, le commercial, la cyber, les réseaux d’experts. C’est souvent là que les annonces économiques commencent à servir.

Sources consultées
  1. Invest in BordeauxPublications
  2. FoxconnFoxconn, Radiall and Thales inaugurate Tessalia to produce more than 50 million “made in Europe” components annually
  3. Campus Cyber Nouvelle-AquitainePage “Le Campus”
  4. ANSSIPanorama de la cybermenace 2025
  5. Cybermalveillance.gouv.fr2ème édition du baromètre national de la maturité cyber des TPE-PME