À Eysines, le Centre départemental de l’enfance et de la famille ne sert pas seulement à accueillir en urgence des enfants confiés. Dans l’enceinte du CDEF, la Gironde a aussi installé un institut de formation qui a formé près de 740 professionnels en 2025 et vient d’être récompensé par l’ANFH.
À première vue, c’est une actualité de formation professionnelle. Elle dit pourtant beaucoup plus sur l’état de la protection de l’enfance dans le département. Quand un système accompagne plus de 12 000 enfants bénéficiaires, tient 301 places d’accueil d’urgence 24 heures sur 24 et consacre son premier budget à la protection de l’enfance, avec 353,3 millions d’euros inscrits en 2026, la formation cesse d’être un supplément de confort. Avec 353 placements non exécutés recensés au 30 juin 2025, elle devient une pièce du service public.
La Gironde a adopté pour 2025-2029 un schéma qui veut déplacer le centre de gravité de l’ASE : moins de réflexe vers l’établissement collectif quand une autre solution est possible, davantage de maintien à domicile, d’accompagnement familial, de tiers dignes de confiance et d’accueil familial. Le Département annonce la création de 582 places en milieu ouvert ou en accueil familial dans ce cadre. Le placement reste nécessaire lorsque la sécurité de l’enfant l’exige. Mais ce virage préventif demande autre chose qu’un changement de cases dans un tableau.
Il suppose des professionnels capables d’évaluer une situation instable, de travailler avec les parents, de repérer un traumatisme, de rédiger un écrit éducatif qui pourra compter dans une décision, de comprendre l’autorité parentale ou les violences sexuelles, de parler avec la justice, l’école, la santé, les associations. L’Institut du CDEF construit son offre sur ces sujets : 33 formations, dont deux formations longues, 28 formations courtes et deux MOOC. En 2025, 20 formateurs internes et 19 intervenants extérieurs, parmi lesquels des universitaires, magistrats ou gendarmes, ont animé 10 700 heures de formation sur 162 jours.
Le CDEF n’est pas un organisme hors-sol : il accueille des enfants de 8 jours à 21 ans, des mineurs non accompagnés et des parents avec enfants, sur plusieurs sites, avec son siège historique à Eysines. L’ANFH souligne que l’Institut est installé auprès des structures d’accueil, dans un espace arboré de huit hectares. Autrement dit, la formation part des situations que les équipes rencontrent, pas d’une doctrine descendue après coup.
La visite de Claire Thoury, nouvelle présidente du CESE, à la MECS de Floirac, le 26 juin, a rendu visible le même point par une autre porte. Elle y a découvert La Boussole, un accueil de jour destiné aux 13-17 ans en rupture, fondé sur la libre adhésion et pouvant mobiliser des hébergements de répit. Là aussi, le système ne tient pas seulement par des places : il tient par la capacité à recréer un lien avec des jeunes qui ne croient plus beaucoup aux adultes.
Après les droits des jeunes de l’ASE à 18 ans, la Gironde montre ici l’autre bout de la chaîne : ce qui se joue avant la sortie du dispositif, dans les décisions, les relais et les gestes professionnels. La formation ne remplacera pas les places manquantes ni les recrutements difficiles. Mais sans elle, le schéma 2025-2029 risque de rester un plan bien dessiné sur papier.
Le prix reçu par l’Institut du CDEF n’est donc pas seulement une récompense locale. C’est le signe qu’en Gironde, la protection de l’enfance se répare aussi dans une salle de formation, entre Eysines, Floirac et les équipes qui doivent tenir le terrain.
Sources consultées
- Département de la GirondeProtection de l'enfance, se former au terrain
- Département de la Gironde« Notre souhait, c’est de mieux dire le réel »
- Département de la GirondeSynthèse du Schéma départemental de prévention et protection de l’enfance 2025-2029
- Département de la GirondeDossier de presse, Budget primitif 2026
- ANFHLivret Prix ANFH 2026, Ancrer la formation dans les pratiques