Canéjan lance une étude diagnostique de son système d’alimentation en eau potable et de son schéma directeur. Derrière cette commande discrète, la commune pose une question simple: quand l’eau arrive encore au robinet sans incident, quels travaux faut-il décider avant que les fuites, les casses ou les urgences ne décident à sa place?
Le service d’eau potable reste communal. Il est exploité par Suez en délégation, pour la production, le transfert et la distribution, dans un contrat courant jusqu’au 31 décembre 2027. Son périmètre tient dans une seule commune, mais il n’a rien d’anecdotique: deux forages, 44,5 km de réseau, et une connexion possible avec Bordeaux Métropole près de la station de Rouillac en cas de problème ou de travaux. L’eau de Canéjan provient de forages profonds dans la nappe de l’Oligocène, à La House et à Rouillac.
Le dernier portrait public du service décrit un réseau qui fonctionne. En 2024, Sispea indique une eau conforme à 100 % sur les contrôles microbiologiques et physico-chimiques, avec un prix de l’eau potable de 1,79 € TTC par mètre cube. Le rapport annuel de Canéjan compte 2 577 abonnés et 5 836 habitants permanents desservis. L’étude ne part donc pas d’un service en panne, mais d’un réseau qu’il faut éviter de laisser vieillir à l’aveugle.
Les volumes donnent la première alerte utile. En 2024, la commune a prélevé 305 285 m³ et recensé 257 109 m³ de consommation autorisée. Les pertes et volumes non comptabilisés atteignent 41 398 m³, soit 113 m³ par jour, en hausse de 15 % par rapport à 2023. Le même rapport ne signale que deux fuites sur le réseau et quatorze sur branchements. C’est encore un niveau qui permet de choisir les interventions, plutôt que de les subir.
Un schéma directeur d’eau potable n’est pas seulement une carte de tuyaux. Le Code général des collectivités territoriales demande qu’il décrive les ouvrages, diagnostique leur état et fixe un programme d’actions chiffrées et hiérarchisées, en tenant compte de l’évolution de la population et des ressources disponibles. Pour Canéjan, cela signifie trier: quelle conduite remplacer, quel secteur surveiller, quel ouvrage sécuriser, quel investissement reporter sans prendre trop de risque.
Ce tri arrive au bon moment. En mai 2026, la commune avait déjà lancé un accord-cadre de travaux d’adduction, de réhabilitation et de renouvellement sur les réseaux d’eau potable et d’assainissement. Le marché court sur quatre ans, avec un montant maximal annuel de 800 000 € hors taxes. Il prévoit des interventions sur le territoire communal, y compris des prestations urgentes pour mise en sécurité des installations. Le diagnostic doit aider à passer d’une enveloppe disponible à un ordre de priorité.
La répartition des rôles compte aussi. Suez exploite et entretient le service; la commune garde la main sur l’extension, le renouvellement ou le renforcement des réseaux et des ouvrages de génie civil. En clair, l’eau coule par un service délégué, mais les choix lourds de patrimoine restent communaux. À l’approche de la fin du contrat, connaître précisément l’état du réseau devient une information budgétaire autant qu’une information technique.
La logique rejoint celle observée à côté, lorsque La Clé Publique racontait comment la Régie de l’Eau Bordeaux Métropole traque l’eau perdue sous la chaussée. Dans une Gironde où l’eau souterraine se gère avec de plus en plus d’attention, économiser un mètre cube déjà capté, traité et envoyé dans les conduites vaut souvent mieux que chercher une ressource supplémentaire.
À Canéjan, la décision ne se verra peut-être pas tout de suite dans la rue. Elle dira pourtant, conduite après conduite, où la commune veut placer son argent, son entretien et sa marge de sécurité avant que le réseau ne réclame lui-même la prochaine tranchée.
Sources consultées
- BOAMP / Commune de CanéjanAvis n° 26-63088, étude diagnostique du système d’AEP et schéma directeur
- Observatoire Sispea / Commune de CanéjanRapport annuel sur le prix et la qualité du service public d’eau potable, exercice 2024
- France Marchés, reprise BOAMPAvis n° 26-47502, travaux d’adduction, réhabilitation et renouvellement sur les réseaux d’eau potable et d’assainissement
- LégifranceCode général des collectivités territoriales, article L2224-7-1