À partir du 23 juin 2026, les travaux de fondation reprennent sur le pont de pierre de Bordeaux. Jusqu’au 28 août inclus, les trams A et E ne traverseront plus la Garonne par l’ouvrage : la ligne A sera interrompue entre Stalingrad et Sainte-Catherine, la ligne E entre Stalingrad et Quinconces. Le passage restera ouvert aux piétons et aux cyclistes, mais sur une voie réduite.
La coupure se verra sur le réseau TBM. Les travaux, eux, se jouent sous le tablier et dans les piles. Cet été, Bordeaux Métropole reprend les forages sur les piles 7, 10, 13 et 16. Chaque pile doit recevoir 16 micropieux, soit 64 micropieux pour cette campagne 2026. Le programme complet porte sur les piles 7 à 16, avec 160 micropieux au total, dans une opération annoncée à 50 millions d’euros sur 52 mois.
Le pont de pierre n’est pas seulement entretenu comme un monument. Il est consolidé parce qu’il travaille, s’use et s’affaisse. Construit entre 1810 et 1822, inscrit monument historique depuis 2002, l’ouvrage repose sur 16 piles et 17 arches. Les piles 7 à 16 se tassent de plusieurs millimètres par an. Les infiltrations fragilisent la maçonnerie. La base des piles subit aussi les courants de la Garonne, qui s’inversent avec la marée et imposent un marnage quotidien de plusieurs mètres.
La technique retenue consiste à forer depuis la surface du pont, à traverser la structure, puis à ancrer les micropieux à plus de 9,5 mètres dans les marnes du fond du fleuve. Le chantier comprend aussi le ceinturage des piles, la reprise de l’étanchéité et de l’assainissement du tablier, la restauration de parties patrimoniales et des protections contre l’érosion.
Pour Bordeaux, le sujet dépasse la gêne estivale. Le pont de pierre est un monument, mais il reste une pièce du réseau de mobilité bordelais. Il relie toujours la rive droite et la rive gauche, porte des lignes de tram et absorbe des usages quotidiens à pied et à vélo. Sa fragilité n’est pas celle d’un décor ancien : c’est celle d’un ouvrage public encore indispensable.
La Métropole a choisi une gêne concentrée plutôt qu’une mise à l’arrêt plus large. Après trois piles traitées en 2025, quatre doivent l’être en 2026. Les lignes C, D et F continuent de circuler grâce aux aiguillages posés lors de la précédente phase. Des bus relais A-E passeront par le pont Saint-Jean entre Stalingrad et Quinconces. Bus, taxis et véhicules de secours seront déviés.
Ce chantier n’ajoute pas un nouveau franchissement à Bordeaux. Il maintient en service ce passage que Bordeaux croit connaître par cœur, entre Stalingrad et Bir-Hakeim, au-dessus d’une Garonne qui continue de travailler ses piles.