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Bocage de Garonne: pourquoi un site protégé cherche des agriculteurs

En Gironde, près de 80 hectares de prairies humides protégées vont être confiés à des agriculteurs sous conditions écologiques strictes.

Prairie humide du bocage

Le Département de la Gironde cherche des agriculteurs pour occuper plusieurs prairies de l’Espace naturel sensible du Bocage de Garonne, à Cadaujac, Beautiran, Isle-Saint-Georges et Saint-Médard-d’Eyrans. L’appel montre une chose concrète: dans ce paysage humide des bords de la Garonne, protéger suppose aussi d’organiser l’usage.

L’appel annonce près de 80 hectares de prairies et trois bâtiments agricoles, répartis en deux lots. Le premier comprend 19,71 hectares et un hangar de 165 m². Le second rassemble 57,76 hectares, une grange en pierre de 130 m² et une stabulation libre de 115 m². Chaque candidat ne peut viser qu’un seul lot. Les dossiers doivent être déposés avant le vendredi 3 juillet 2026 à 16h, et les agriculteurs intéressés peuvent candidater à l’occupation agricole du Bocage de Garonne.

La convention d’occupation temporaire est prévue pour neuf ans. Les redevances sont faibles au regard de la surface, 676 € pour le lot 1 et 1 778,13 € pour le lot 2, mais le foncier n’est pas livré comme une terre agricole ordinaire. Il appartient au domaine public départemental et reste encadré par un cahier des charges écologique serré.

Les prairies doivent rester des prairies. L’exploitant pourra pratiquer l’élevage bovin, ovin, équin ou caprin, avec une pression de pâturage limitée à 2 unités de gros bétail par hectare et par jour. Il devra éviter les animaux et les véhicules lorsque les sols sont ameublis ou inondés. La fauche ne pourra commencer qu’à partir du 1er juillet, selon un schéma favorable à la faune sauvage. Drainage, retournement du sol, suppression de haies, fertilisation, écobuage et épandage industriel sont exclus.

Ces règles racontent la fonction réelle de l’appel. Une prairie humide ne se conserve pas seulement par une limite sur une carte. Si elle se ferme, elle perd une partie de son intérêt paysager et écologique. Si elle est exploitée trop fort, elle s’appauvrit aussi. Le Département cherche donc un usage agricole assez précis: assez actif pour entretenir le milieu, assez contraint pour ne pas l’abîmer.

Ce n’est pas une exception dans la politique girondine des espaces naturels sensibles. Le Département indique gérer 4 861 hectares, dont 54 ENS qui lui appartiennent, et l’agropastoralisme représente déjà 18 % des ENS, avec 31 exploitants et 562 hectares entretenus par pâturage ou fauche. Le Bocage de Garonne s’inscrit dans cette méthode: acquisition publique, règles d’usage, agriculture extensive, entretien du paysage.

La procédure vient d’une manifestation d’intérêt spontanée reçue par le Département. Avant de délivrer un titre d’occupation du domaine public, la collectivité doit vérifier par une publicité suffisante qu’aucun autre candidat concurrent ne souhaite se manifester. L’appel transforme donc une demande individuelle en sélection ouverte.

Le futur occupant ne sera pas seulement un bénéficiaire de terres publiques. Il devra tenir les portails, respecter les sols, adapter les bêtes à l’herbe disponible et travailler avec la contrainte de l’eau. Dans le Bocage de Garonne, une partie de la protection passera par des gestes très ordinaires: faucher tard, pâturer juste, ne pas retourner la terre et laisser les haies à leur place.

Sources consultées
  1. Département de la GirondeOccupation agricole de l’Espace Naturel Sensible Bocage de Garonne
  2. Département de la GirondeCahier des charges des pratiques agricoles et pastorales de l’ENS Bocage de Garonne
  3. Département de la GirondeDossier de candidature – Bocage de Garonne
  4. Département de la GirondeRapport annuel 2025 de redevabilité et d’activité