Article

À Montalivet, la côte se défend avec des rochers, du sable et du temps

À Vendays-Montalivet, un chantier doit supprimer l’épi nord, allonger l’épi sud et organiser des apports de sable pour tenir le front de mer.

Épis sur la plage de Montalivet

À Montalivet-les-Bains, le front de mer va faire l’objet de nouveaux travaux de protection contre l’érosion. Médoc Atlantique a ouvert un marché de travaux pour déposer l’épi nord, reprendre l’épi sud et l’allonger de 60 mètres. Les entreprises ont jusqu’au 23 juillet 2026 à 16 h pour répondre à la consultation publiée par Achatpublic.

Le chantier ne commencera pas par les blocs. Le marché prévoit une période de préparation du 5 octobre au 31 décembre 2026, puis une tranche ferme de travaux du 4 janvier au 28 mai 2027. Si l’hiver impose une interruption, le chantier pourra être sécurisé avant l’été, puis repris à l’automne 2027. Cette prudence de calendrier dit déjà quelque chose du lieu : ici, on travaille entre la saison touristique et la saison des tempêtes.

Le front de mer de Montalivet n’est pas une plage libre devant la dune. C’est un morceau urbanisé de station balnéaire, avec promenade, accès, stationnement, réseaux, équipements publics et maisons tout près du sable. L’îlot de la Colonne avance vers l’océan. Deux épis en enrochements, construits à la fin des années 1990, encadrent aujourd’hui la plage.

Le problème est que ces ouvrages ne font pas assez bien leur travail. Dans l’étude d’impact citée par la MRAe, le transit sédimentaire local est estimé entre 100 000 et 200 000 m³ par an. L’épi sud ne capterait aujourd’hui que 1,2 % de ce mouvement de sable, tandis que l’épi nord serait sans effet. Une fois rallongé, l’épi sud pourrait capter environ 13 % du transport sédimentaire local. La décision n’est donc pas seulement de renforcer le littoral. Elle consiste à retirer un ouvrage inutile et à rendre l’autre plus efficace.

La pierre ne suffit pas. Le programme repose aussi sur des rechargements mécaniques : 40 000 m³ de sable transférés chaque printemps pendant dix ans, avec jusqu’à 15 000 m³ supplémentaires en hiver si de fortes tempêtes creusent trop les flancs de la Colonne. À Montalivet, protéger veut dire déplacer du sable, surveiller la plage, réparer, recommencer.

L’échelle donne la mesure du compromis. Le GIP Littoral chiffre l’opération à 3,6 M€ HT, financée par Médoc Atlantique, l’Europe, l’État et la Région Nouvelle-Aquitaine. Le recul moyen du trait de côte est estimé autour de 1,4 mètre par an dans le secteur. En cas d’arrêt des mesures de lutte contre l’érosion, la première ligne urbaine serait directement menacée d’ici dix ans et disparaîtrait d’ici trente ans, selon l’étude d’impact reprise par la MRAe.

Médoc Atlantique n’a pas choisi de défendre partout le même rivage. La stratégie locale, validée en 2020 de Grayan-et-l’Hôpital à Naujac-sur-Mer, distingue les secteurs. Le front urbain de Montalivet reçoit une protection active, parce qu’il concentre logements, usages touristiques, équipements et économie locale. Ailleurs, la stratégie prévoit plutôt l’accompagnement des processus naturels, la stabilisation dunaire ou le repli d’équipements. La route de Vensac, proche du pied de dune, doit par exemple faire l’objet d’études de relocalisation.

Le point sensible reste l’urbanisme. Pour permettre les travaux, le PLU doit autoriser ces ouvrages dans une zone naturelle Na. La MRAe a estimé que le projet de protection évitait les principaux enjeux écologiques, mais a relevé que la mise en compatibilité du PLU ouvrait des possibilités sur un périmètre plus large que le seul chantier. Sur une côte fragile, l’autorisation doit rester liée à la protection du front de mer, pas devenir un blanc-seing pour aménager plus largement la côte.

Le dossier a déjà passé l’enquête publique de juin-juillet 2025, conclue favorablement selon le GIP Littoral, puis l’autorisation préfectorale annoncée fin 2025. Le marché lancé en juin 2026 fait désormais entrer le projet dans sa phase de chantier : tri des anciens enrochements, dépose de l’épi nord, nouveaux profils de l’épi sud, repli du chantier avant l’été. Devant Montalivet, le trait de côte ne sera pas figé. Il sera tenu, un peu mieux, avec un épi de moins, un épi plus long et du sable à remettre chaque année.

Sources consultées
  1. Achatpublic / CC Médoc AtlantiqueTravaux de protection du littoral de Vendays-Montalivet, travaux de réhabilitation de l’épi sud de Vendays-Montalivet
  2. GIP LittoralStratégie locale Grayan-et-l’Hôpital, Vensac, Vendays-Montalivet et Naujac
  3. MRAe Nouvelle-AquitaineAvis n°2024APNA77 sur le projet de protection contre l’érosion côtière du front de mer de Vendays-Montalivet
  4. MRAe Nouvelle-AquitaineAvis n°2024ANA67 sur la mise en compatibilité du PLU de Vendays-Montalivet