Bordeaux a refusé d’entrer en possession de 53 objets africains légués à la Ville. Le conseil municipal a voté à l’unanimité, lundi 1er juin 2026, le rejet de cette partie de la collection de Marie-Thérèse Petit, née Deleigne, afin de permettre son retour vers le Gabon, le Nigeria et la Côte d’Ivoire.
Le geste est précis. Il ne s’agit pas d’une restitution d’objets déjà installés dans les vitrines municipales, mais d’un refus avant l’entrée au musée. Bordeaux choisit de ne pas devenir propriétaire de biens dont les pays d’origine ont manifesté le souhait de retour : 33 objets pour le Gabon, 13 pour le Nigeria, 7 pour la Côte d’Ivoire.
La collection vient d’une histoire privée. Marie-Thérèse Petit, sage-femme, et son mari Jacques Petit, chirurgien, ont vécu plusieurs décennies en Afrique, notamment au Togo, au Gabon et au Niger, à partir de 1947. À sa mort, en 2022, elle laisse à Bordeaux ce qu’elle appelait son “petit musée africain”. Dans l’inventaire manuscrit retrouvé avec les objets, les lieux et modes d’acquisition sont parfois notés, les dates le sont beaucoup plus rarement.
Le musée d’Aquitaine, cours Pasteur, s’est donc retrouvé devant une décision moins simple qu’un enrichissement de collection. Parmi les pièces gabonaises figurent des biens liés au peuple tsogo, dont certains objets rituels sont peu présents dans les collections publiques gabonaises. Une délégation du Gabon était présente à Bordeaux lors du vote.
Pour d’autres éléments du legs, la Ville n’a pas tranché immédiatement. Le Burkina Faso, le Niger, la République démocratique du Congo et le Togo disposent de deux années supplémentaires pour faire connaître leur position sur 11 objets et un lot de bijoux et accessoires touaregs. L’ensemble de la collection a été évalué à 30 800 euros.
Ce dossier arrive dans une ville qui travaille déjà sa mémoire coloniale et négrière, notamment au musée d’Aquitaine. Il arrive aussi quelques semaines après l’adoption, en France, d’un cadre facilitant certaines restitutions de biens culturels acquis de manière illicite pendant la colonisation. Le legs Petit n’entre pas automatiquement dans ce cadre : il s’agit d’une collection privée, et les modes d’acquisition ne sont pas tous établis comme illicites. Bordeaux intervient avant cette étape. Avant de conserver, la Ville examine encore le lien entre les objets, leur provenance et les pays qui les demandent.
C’est ce qui donne sa portée locale à la décision. Un musée municipal n’est pas seulement un lieu qui accumule. Il classe, documente, expose, mais il choisit aussi ce qu’il accepte de faire entrer dans le patrimoine public. À Bordeaux, cette fois, une partie du legs ne passera pas la porte du musée d’Aquitaine. Elle restera attachée aux pays qui l’ont vue naître, avant d’être exposée dans une collection bordelaise.
Sources consultées
- Le MondeBordeaux refuse de recevoir le « petit musée africain » qu’une sage-femme souhaitait léguer à la ville
- Ville de BordeauxSéance du 1er juin 2026 : une nouvelle ambition pour la proximité
- Rue89 BordeauxBordeaux renonce à un legs d’œuvres africaines pour favoriser leur restitution à leurs pays d’origine