À Gradignan, le secteur hydraulique de Malartic tient dans un morceau de ville: environ 10 km de canalisations, 850 branchements, des rues ordinaires et une question très simple. Quand les robinets se ferment la nuit, pourquoi l’eau continue-t-elle parfois de circuler?
Cette question va occuper une partie du travail de la Régie de l’Eau Bordeaux Métropole. Un avis publié au BOAMP prévoit un accord-cadre de recherche, localisation et caractérisation des fuites sur le réseau d’eau potable. Valeur estimée: 1,8 million d’euros hors taxes. Les offres sont attendues jusqu’au 3 juillet 2026, pour un contrat de 24 mois, reconductible une fois. Le démarrage prévisionnel est fixé au 26 octobre.
Le marché ne porte pas sur une fuite visible, une rue ouverte ou une canalisation déjà rompue. Il vise l’eau qui disparaît avant de se montrer. La Régie dit avoir déjà inspecté 2 200 km de réseau depuis 2023, installé plus d’une centaine de nouveaux capteurs et renforcé le suivi par secteurs, notamment grâce aux débits de nuit. Elle indique aussi qu’un quart des réparations réalisées dans la métropole concerne des fuites invisibles en surface.
L’enjeu tient à l’échelle du réseau. Bordeaux Métropole compte plus de 3 200 km de canalisations d’eau potable. En 2024, selon un contrat de recherche conclu avec INRAE, le rendement du réseau était de 79,08 %, contre plus de 83 % en 2018. L’objectif contractuel est d’au moins 82 % en 2026 et 2027. L’indice linéaire de pertes atteignait 9,96 m³ par kilomètre et par jour en 2024, avec une cible de 6,7 en 2026 puis 6,5 en 2027.
Ces chiffres changent la lecture du sujet. La sobriété hydrique ne dépend pas seulement des habitants à qui l’on demande de fermer le robinet plus vite ou d’arroser moins souvent. Elle dépend aussi du réseau collectif: l’eau déjà captée, traitée et envoyée sous les rues doit arriver au compteur avec le moins de pertes possible.
Après les économies d’eau dans les bâtiments, le travail se déplace ici en amont, dans les canalisations. Caractériser une fuite, ce n’est pas seulement la trouver. Il faut savoir si elle vient d’une canalisation, d’un branchement, d’une vanne, d’un défaut ponctuel ou d’un tronçon fatigué. La réponse n’est pas toujours la même: réparer vite, surveiller, ou préparer un renouvellement plus large.
Le secteur de Malartic, à Gradignan, sert justement de terrain d’étude avec INRAE. Pendant deux ans, la Régie y suit les pertes, les réparations et l’état d’environ 850 branchements, avec des prélèvements envoyés en laboratoire. L’objectif est de mieux comprendre ce qui fuit vraiment, et ce qu’une réparation permet réellement de récupérer.
Dans une métropole alimentée par des nappes souterraines très sollicitées en Gironde, cette précision a des effets très concrets. Elle permet de mieux cibler les travaux, d’éviter de traiter de l’eau pour rien et de limiter les réparations subies dans l’urgence.
La chasse aux fuites ne fera pas toujours lever les yeux dans la rue. Son principe est justement d’agir avant que l’eau n’apparaisse au mauvais endroit. Pour une fois, le bon signe sera peut-être qu’il ne se passe rien.
Sources consultées
- BOAMP, via France MarchésAvis de marché n°26-53297 du 01/06/2026, recherche, localisation et caractérisation de fuites sur le réseau d’eau potable
- Régie de l’Eau Bordeaux MétropoleChasse aux fuites: la Régie engagée
- Bordeaux MétropoleRapport annuel d’activité 2024
- Régie de l’Eau Bordeaux Métropole et INRAEContrat de recherche, pertes des réseaux et bilan eau du réseau d’eau potable