À Villenave-d’Ornon, certaines plantes pourraient bientôt pousser dans des serres dont l’enjeu principal sera de ne rien laisser sortir.
INRAE prépare sur son site girondin deux modules de serres et laboratoires confinés, avec des niveaux de sécurité biologique 2 et 3. Le projet apparaît dans les marchés publics par étapes: après le concours de maîtrise d’œuvre, une mission de contrôle technique accompagne la préparation du chantier. Derrière ce vocabulaire sec, il y a un objet assez rare à l’échelle locale: des serres pensées pour étudier des maladies de plantes dans un cadre strictement maîtrisé.
Ces modules doivent s’inscrire dans EMERGREEN, la plateforme de serres et laboratoires confinés du campus INRAE Nouvelle-Aquitaine Bordeaux. Elle travaille sur des agents phytopathogènes réglementés ou de quarantaine, autrement dit des organismes capables de menacer les cultures ou les milieux végétaux s’ils circulent sans contrôle.
Ce n’est pas une précaution de laboratoire coupée du territoire. En Gironde et en Nouvelle-Aquitaine, la vigne, la forêt, les cultures fruitières ou spécialisées vivent déjà avec des risques très concrets: insectes vecteurs, virus, bactéries, champignons, nématodes. EMERGREEN mentionne notamment des recherches sur les maladies émergentes, leurs vecteurs, la tolérance aux conditions environnementales et la détection précoce des foyers. Parmi les sujets suivis figure aussi le nématode du pin.
Le confinement, ici, n’a rien d’un mot à effet. Il désigne une architecture de précaution: accès contrôlés, espaces séparés, flux maîtrisés, procédures strictes. On y enferme le risque pour pouvoir l’observer, le tester, le comparer, avant qu’il ne devienne un problème dehors.
Le projet montre une part peu visible de la recherche publique locale. Pas celle des grandes annonces, mais celle des portes fermées, des sas, des cultures sous surveillance et des gestes répétés. Pour protéger les plantes à l’air libre, il faut parfois commencer par faire pousser les problèmes sous clé.