Un marché de 125 350 euros hors taxes, passé par INRAE Nouvelle-Aquitaine Bordeaux, ne porte ni sur des camions, ni sur des pistes forestières, ni sur du matériel anti-incendie. Il porte sur la manière de faire comprendre les résultats d’un projet de recherche.
Ce projet s’appelle Grifon, pour Gestion des risques multiples en forêt de Nouvelle-Aquitaine. L’avis de résultat, publié le 7 mai, attribue à l’Institut européen de la forêt cultivée une mission de promotion et de vulgarisation scientifique. L’enjeu est de faire sortir la recherche du cercle des spécialistes, pour qu’elle puisse servir à ceux qui vivent, travaillent ou décident dans des territoires forestiers.
En Gironde, le sujet n’a rien d’abstrait. La forêt n’est pas un décor vert au bord de la route. Elle borde des communes, des campings, des pistes, des zones habitées, des plages et une filière bois entière. Depuis les incendies de 2022, le risque feu est bien installé dans les têtes. Mais Grifon déplace la question: que se passe-t-il quand les risques n’arrivent plus séparément?
Une tempête peut coucher des arbres. Le bois mort complique les accès, modifie le terrain, attire des ravageurs ou augmente le combustible disponible. Une sécheresse fatigue les peuplements. Un été très fréquenté ajoute des usages, des circulations, des gestes à risque. Dans certains secteurs, un camping en forêt peut être à la fois un lieu exposé et un point sensible pour la prévention.
Ce n’est pas une hypothèse posée depuis un bureau bordelais. Des travaux liés à Grifon citent les Landes de Gascogne, les services d’incendie et de secours de Gironde et des Landes, ainsi que les campings forestiers du littoral. L’intérêt est là: regarder la forêt comme un système où la météo, les arbres, les sols, les accès, le tourisme et les secours se répondent.
Le programme Grifon est prévu sur cinq ans, avec un budget de 2,4 millions d’euros. Il travaille à plusieurs échelles: l’arbre, le peuplement, le paysage, le massif. Il prévoit aussi des terrains d’expérimentation, dont les pinèdes des Landes de Gascogne, les châtaigneraies, l’arbre en ville et la forêt périurbaine. L’enjeu est très pratique: produire des connaissances utilisables par des communes, des forestiers, des gestionnaires de sites touristiques ou des services de secours.
C’est précisément le rôle de l’animation scientifique confiée par le marché. Une alerte ou une carte ne sert à rien si personne ne la comprend au bon moment. Une méthode de prévention reste fragile si elle ne circule pas entre chercheurs, propriétaires, élus, techniciens et habitants. La Météo des forêts donne déjà au public un niveau de danger à l’échelle départementale. Les plans de protection encadrent les massifs exposés. Grifon ajoute autre chose: la lecture des enchaînements.
La Gironde a déjà commencé à vivre avec une saison du risque plus longue, comme La Clé Publique l’a raconté dans son article sur la mobilisation anticipée contre les feux de forêt: Feux de forêt: en Gironde, la saison commence désormais en avril. Le projet Grifon pose une question plus discrète, mais utile: avant l’incendie, que sait-on déjà des fragilités qui s’additionnent?
La préparation des forêts ne se joue donc pas seulement dans les casernes, les arrêtés ou les pistes de défense contre l’incendie. Elle se joue aussi plus tôt: repérer ce qui s’accumule avant que le feu, la sécheresse, les parasites ou la pression humaine ne se présentent ensemble.