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À Pessac, Luchrome cherche le bon écran pour les objets sobres

À Pessac, Luchrome développe des écrans imprimés très sobres, nés d’une thèse bordelaise, pour des objets connectés et industriels.

Écran imprimé en laboratoire

Sur une étiquette de rayon, un colis réutilisable ou un test médical rapide, l’écran n’a pas besoin de faire défiler une vidéo. Il doit seulement afficher une information claire, parfois quelques chiffres, parfois un signal. S’il peut le faire sans rétroéclairage, avec peu d’énergie et moins de matière, il devient tout de suite plus intéressant.

C’est le créneau de Luchrome, à Pessac. La jeune entreprise, cofondée par Romain Futsch et Cyril Périé, développe des écrans électroniques imprimés, souples et basse consommation pour des objets connectés. Sa technologie, appelée Lusight, repose sur l’électrochromisme: certains matériaux changent de couleur lorsqu’on leur applique un courant électrique. L’écran ne brille pas comme celui d’un téléphone. Il modifie son affichage, puis reste lisible avec une consommation réduite.

Le projet vient d’un travail de thèse mené à Bordeaux. Romain Futsch, diplômé de l’ENSMAC, a lancé en 2018 une thèse CIFRE à l’Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux, laboratoire associé à l’université de Bordeaux, au CNRS et à Bordeaux INP. Ses recherches portaient sur des matériaux capables de changer de propriétés optiques. La suite a consisté à transformer cette piste scientifique en objet industriel possible.

C’est là que le projet devient plus intéressant qu’une promesse d’écran du futur. Luchrome n’est plus seulement une idée de laboratoire. L’entreprise a été créée en 2023, accompagnée par la SATT Aquitaine Science Transfert, UBee Lab et Bordeaux Technowest. Elle s’est installée en 2024 dans des locaux de production à Pessac. La SATT indique avoir investi 161 000 euros dès 2022 pour aider à la maturation du dispositif et à la protection intellectuelle. En 2025, French Tech Bordeaux a annoncé une levée de fonds de 700 000 euros destinée à accroître les capacités de production, investir dans un second outil industriel et fiabiliser la technologie.

Le marché visé n’est pas celui des écrans spectaculaires. Luchrome regarde plutôt vers les étiquettes connectées, le suivi logistique, le commerce, les diagnostics médicaux rapides ou les objets électroniques simples. Ce sont des usages modestes en apparence, mais nombreux. Un affichage qui consomme peu, se fabrique par impression et évite certains composants métalliques peut y avoir du sens, à condition de tenir ses promesses en coût, en durée de vie et en intégration.

La technologie a déjà reçu des signaux positifs. Lusight figure parmi les CES Innovation Awards 2026, dans la catégorie énergie et développement durable. La fondation Solar Impulse classe aussi une solution de Luchrome à un niveau de maturité TRL 6/7, c’est-à-dire celui d’un prototype démontré à une échelle proche de l’usage réel. Ce n’est plus une intuition scientifique. Ce n’est pas encore un produit devenu banal dans les chaînes industrielles.

L’innovation locale se comprend mieux à cette échelle: entre le laboratoire, les premières machines et les clients à convaincre. À Pessac, on voit ce passage en réduction: une thèse, un brevet à protéger, une start-up, des incubateurs, des financeurs, des machines, puis la recherche de clients capables d’intégrer l’écran dans leurs propres produits.

Pour la Gironde, Luchrome ajoute une pièce discrète au paysage deeptech déjà visible autour de l’université de Bordeaux. L’établissement revendique plusieurs dizaines de start-up issues de ses laboratoires. Mais ces chiffres deviennent plus parlants quand ils prennent la forme d’une entreprise identifiable, avec une adresse, une équipe, un produit et une contrainte simple: produire assez bien pour être acheté.

Le sujet rejoint, sans le répéter, celui de LightTECH Bordeaux: comment une compétence scientifique locale peut trouver sa place dans l’industrie. Luchrome en donne une version très concrète. Un écran sobre, imprimé, pensé pour des usages ordinaires. Maintenant, il lui reste l’épreuve qui compte: sortir des démonstrateurs et s’intégrer dans des produits que des industriels accepteront d’acheter.