À Tresses, avenue de Newton, le changement tient à une voie verte. Pas un grand chantier métropolitain, pas une annonce qui transforme les trajets du jour au lendemain. Un morceau d’itinéraire, dans une zone d’activité, pour que les cyclistes puissent circuler sans rester au contact direct de la RD936.
Dans les Coteaux bordelais, ce genre de détail compte vite. Le territoire réunit huit communes à l’est de Bordeaux: Tresses, Carignan-de-Bordeaux, Fargues-Saint-Hilaire, Bonnetan, Sallebœuf, Camarsac, Croignon et Pompignac. Les distances peuvent être courtes, mais elles ne sont pas toujours simples. Une montée, une départementale, un giratoire, une rupture entre deux bourgs suffisent à transformer un trajet de quelques minutes en parcours réservé aux motivés.
C’est là que le vélo change de sujet. Sur les quais de Bordeaux, il bénéficie d’un décor favorable et d’une évidence presque touristique. Dans les coteaux, il doit prouver autre chose: qu’il peut servir à aller à l’école, rejoindre une zone d’activité, faire une course, attraper un car ou relier deux communes sans remettre systématiquement la voiture au centre de la journée.
La communauté de communes a adopté son plan vélo en 2022. Le diagnostic de départ était clair: peu d’aménagements, des continuités incomplètes, des secteurs mieux servis que d’autres. Depuis, les premiers tronçons et services commencent à apparaître, avec Tresses comme point d’appui très concret. Le bulletin municipal d’avril 2026 mentionne la voie verte de l’avenue de Newton, mais aussi deux liaisons à venir: avenue des Trois Lieues, vers le secteur de Feydeau à Artigues-près-Bordeaux, et avenue du Desclaud, entre Marès et la Séguinie.
Ce n’est pas encore un réseau complet. C’est plutôt la partie visible d’un travail plus patient: combler des manques, sécuriser des passages, rendre lisibles des trajets que beaucoup d’habitants n’essaient même pas s’ils ne paraissent pas sûrs. Début 2025, le Département évoquait un objectif de 100 kilomètres de pistes cyclables sur la mandature dans les Coteaux bordelais, avec 10 millions d’euros d’investissement, dont 30 % apportés par le Département. Le chiffre donne l’échelle. L’usage, lui, se jouera sur des points beaucoup plus petits.
Les Vélotaffeurs Tressois le montrent bien. L’association ne parle pas seulement aux sportifs ou aux promeneurs du dimanche. Elle travaille sur les trajets du quotidien, y compris avec un vélobus, cette manière simple de faire rouler ensemble des enfants vers l’école. Quand plusieurs familles empruntent la même ligne le matin, l’aménagement n’est plus un supplément sympathique. Il devient une condition de confiance.
La suite ne dépendra pas seulement des pistes. Les élus intercommunaux ont validé le principe de cinq stations de vélos en libre-service à Carignan, Fargues, Pompignac, Sallebœuf et Tresses, ainsi qu’un abri sécurisé à Sallebœuf. Le service Vélo Modalis, porté par Nouvelle-Aquitaine Mobilités, doit être déployé en Gironde en 2026 avec des vélos électriques pensés pour compléter le train ou le car régional. Dans un territoire de coteaux, l’assistance électrique n’est pas un gadget: elle peut faire la différence entre “trop loin” et “faisable”.
Le sujet se distingue ainsi des grands dossiers de mobilité déjà visibles dans la métropole bordelaise, de la rocade aux bus express. Ici, la question est plus proche du sol: peut-on relier un lotissement à une école, une zone d’activité à un bourg, une station de vélo à un arrêt de transport, sans demander aux habitants d’être courageux à chaque trajet?
La faiblesse reste la même: un tronçon utile révèle aussitôt la coupure suivante. Une voie rassure sur quelques centaines de mètres; puis vient le carrefour, la pente, la route trop rapide, le stationnement absent. Mais c’est aussi par là que le vélo devient crédible dans les Coteaux bordelais. Non pas quand tout est parfait, mais quand le prochain trajet court cesse d’avoir l’air absurde.