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Fissures dans les maisons: à Bordeaux, Lacert.ai vise le maillon du diagnostic

Une jeune société bordelaise développe un assistant numérique pour experts des fissures, dans une Gironde exposée aux effets de la sécheresse.

Mur fissuré en Gironde

Au début, c’est souvent un trait que l’on espère voir disparaître. Une marque fine au-dessus d’une fenêtre, une lézarde dans un enduit, un angle de mur qui n’a plus tout à fait la même allure. Puis on prend une photo. Trois semaines plus tard, une autre. La question devient moins rassurante: est-ce que la maison bouge vraiment?

C’est sur ce doute très concret que Lacert.ai cherche à travailler. La jeune société bordelaise développe une plateforme d’assistance numérique pour les diagnostiqueurs de fissures et les experts du bâtiment. Son sujet n’est pas de promettre à un particulier un verdict instantané depuis une photo, mais d’aider les professionnels à mieux documenter ce qu’ils observent: images, données disponibles, suivi de l’évolution des fissures, aide au diagnostic et à la production de rapports.

En Gironde, le besoin se comprend vite. Le 14 avril 2026, la préfecture a annoncé la reconnaissance de 21 communes en état de catastrophe naturelle pour des mouvements de terrain liés à la sécheresse et à la réhydratation des sols en 2025. Bordeaux, Bègles, Cenon, Cestas, Gradignan, Lormont ou encore Villenave-d’Ornon figuraient dans la liste. Pour les propriétaires concernés, cette reconnaissance ouvre une fenêtre de déclaration auprès de l’assurance. Elle ne supprime pas la partie la plus délicate: prouver, qualifier, dater, comprendre.

Le retrait-gonflement des argiles s’explique vite, mais se vit beaucoup moins simplement. Un sol argileux se rétracte lorsqu’il sèche, puis gonfle lorsqu’il se réhydrate. Ces mouvements peuvent fragiliser les constructions, surtout les maisons individuelles, en créant des tassements différentiels. À l’échelle nationale, Géorisques estime qu’environ 12 millions de maisons sont exposées à un risque moyen ou fort. La sécheresse de 2022 a représenté entre 3 et 3,5 milliards d’euros de sinistres assurés liés à ce phénomène.

C’est là que la fissure devient difficile à lire. Elle est visible par tous, mais son interprétation demande du métier. Une microfissure, une lézarde active, un défaut ancien, un mouvement de sol, un problème de fondations ou de réseaux enterrés ne racontent pas la même histoire. Pour un propriétaire, l’incertitude peut vite prendre toute la place: faut-il surveiller, réparer, déclarer, attendre l’expert, contester?

L’intérêt de Lacert.ai se situe là: rendre cette chaîne de preuve moins brouillonne, à condition que l’usage suive. La société, immatriculée à Bordeaux en 2026, a été accompagnée par Bordeaux Technowest et l’Inria Startup Studio. Inria présente la solution comme un outil capable de documenter et de suivre l’évolution des fissures à partir d’images prises dans le temps, afin de combler une partie du manque de données entre le signalement d’un sinistre et son expertise.

La prudence reste nécessaire. Une plateforme peut aider à classer, comparer, conserver une trace, rédiger plus clairement. Elle ne remplace pas l’expert indépendant, l’expertise contradictoire, ni la décision d’un assureur. Sur un sujet aussi sensible que la solidité d’une maison, l’automatisation ne vaut que si elle rend l’examen plus rigoureux, pas si elle le simplifie à l’excès.

La piste reste intéressante parce qu’elle part d’une situation ordinaire et mal servie: un mur qui se fissure, et personne ne sait encore très bien quoi en conclure. En Gironde, avec des sécheresses plus fréquentes, des sols parfois sensibles et un parc de maisons très exposé, cette question ne va pas disparaître. Si Lacert.ai tient sa place, ce ne sera pas en vendant de la magie numérique. Ce sera en aidant des professionnels à répondre plus clairement à la question posée devant le mur: est-ce grave, et comment le prouve-t-on?