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Bordeaux Métropole: les mobilités bougent peu, mais pas partout de la même façon

Le baromètre 2026 des mobilités montre des évolutions modestes mais localisées: rocade Est, périphéries, ligne H, vélo et usages électriques.

Illustration de mobilités métropolitaines

Sur la rocade Est, deux minutes de plus ne font pas une crise. Répétées chaque matin, elles finissent pourtant par dire quelque chose de la métropole bordelaise: les déplacements ne changent pas d’un coup, mais les tensions se déplacent, quartier par quartier, axe par axe.

Le baromètre des mobilités publié par Bordeaux Métropole pour le premier trimestre 2026 ne montre pas de bascule spectaculaire. Il montre plutôt une métropole étirée, où les usages progressent par petites touches pendant que certains axes restent très contraints.

La voiture donne le premier signal. Hors rocade, le trafic routier est stable sur le trimestre. Mais le détail compte: moins 1 % en intra-rocade, plus 1 % en extra-rocade, plus 1 % aussi sur la rocade elle-même. Les temps de parcours augmentent de 2 %. La rive gauche reste assez stable; la rive droite et la rocade Est concentrent davantage les difficultés.

Ce n’est pas le récit d’une disparition de la voiture. C’est celui d’un usage qui pèse surtout là où les trajets sont plus longs, les correspondances moins évidentes, les alternatives moins directes. Dans le centre dense, on peut parfois changer de mode. Aux marges de l’intra-rocade ou dans les communes périphériques, le choix est souvent plus serré.

Les transports collectifs avancent, mais sans emballement. Le réseau TBM gagne 1 % de fréquentation sur les trois premiers mois de l’année. Le chiffre le plus parlant vient de la ligne H du bus express, mise en service fin 2025 sur la circulaire des boulevards. Elle a dépassé pour la première fois 20 000 voyageurs par jour le 26 mars, encore sous l’objectif de 30 000 voyageurs quotidiens, mais assez pour montrer qu’une liaison qui évite de tout rabattre vers le centre peut trouver son public.

Le vélo suit une trajectoire comparable: il progresse, mais reste fragile. La pratique augmente de 3 % sur le trimestre, davantage hors des boulevards que dans le cœur de ville. Janvier et février ont été freinés par la météo; mars repart nettement. Le vélo progresse donc, mais il reste dépendant de conditions très concrètes: continuité des itinéraires, sécurité aux carrefours, météo, facilité à passer d’une commune à l’autre sans rupture pénible.

Les mobilités en libre-service sans station fixe gagnent aussi 3 %, avec environ 6 700 trajets par jour. Le détail dit une évolution discrète: les vélos passent légèrement devant les trottinettes, avec 42 % des usages contre 41 %. Ce n’est pas une révolution, mais c’est un signe. Les petits trajets métropolitains semblent trouver dans le vélo partagé un outil plus stable et plus confortable que la trottinette.

Même la voiture change de visage. Les bornes métropolitaines ont enregistré 26 893 recharges de véhicules électriques au premier trimestre, avec une consommation en hausse de 52 %. Cela ne retire pas les voitures de la circulation. Cela montre plutôt que la transition énergétique et la congestion sont deux sujets différents. Une voiture électrique reste une voiture dans un bouchon.

Le baromètre arrive au début d’une nouvelle mandature métropolitaine qui promet un tramway plus fiable, la poursuite des bus express, des parkings relais, la résorption de points noirs cyclables et une attention accrue aux territoires situés hors rocade. Les chiffres du trimestre donnent donc un premier repère utile. Les marges existent, mais elles sont localisées. La question n’est pas seulement de savoir quel mode progresse. Elle est de savoir où les minutes gagnées peuvent vraiment changer un trajet.

Sa limite est nette: le baromètre compte mieux les volumes que les irritants. L’attente à l’arrêt, la correspondance ratée, le carrefour mal franchi ou la fatigue d’un trajet répété apparaissent seulement en creux. Mais c’est déjà assez pour éviter les grandes formules. À Bordeaux Métropole, les mobilités ne se résument ni à la voiture, ni au tram, ni au vélo. Elles se jouent dans les raccords entre les trois.

Le premier trimestre 2026 ne dit pas que Bordeaux Métropole a changé de régime. Il indique surtout où les frottements s’accumulent: rocade Est, traversées entre rives, périphéries, continuités cyclables. C’est là que les chiffres devraient bientôt se traduire en minutes gagnées.