Thomas Cazenave a pris la présidence de Bordeaux Métropole le 24 avril, avec un nouveau conseil, un projet de mandature 2026-2032 et une équipe de vice-présidents déjà répartie par grands dossiers. Ce n’est pas un simple changement d’organigramme. Bordeaux Métropole, ce sont 28 communes, 104 élus et plus de 850 000 habitants. Elle agit sur les transports, le logement, les déchets, l’eau, l’assainissement, l’économie, l’aménagement et la transition écologique. Quand elle tranche, cela finit dans les bus, les trottoirs, les collectes, les permis, les factures et les chantiers.
Le premier pari est politique. Le projet de mandature veut rompre avec les anciennes logiques de cogestion et installer une “majorité de projet”: les maires qui votent le texte obtiennent une délégation, ceux qui ne le votent pas assument l’opposition. Le Parti socialiste a choisi de s’y associer; les écologistes ont refusé et passent dans l’opposition. La promesse est lisible. Elle est aussi risquée. Le texte affirme qu’aucun projet ne sera imposé à un maire sur sa commune. C’est clair. Mais un réseau de bus, une ligne ferroviaire, une politique du logement, un site de traitement des déchets ou une digue contre les inondations ne s’arrêtent pas proprement à la frontière municipale. La Métropole devra respecter les maires sans laisser chaque dossier devenir une négociation à vingt-huit verrous.
Le deuxième test sera financier. Le diagnostic vient de la nouvelle majorité et devra être confronté à l’audit annoncé, mais il pose déjà le cadre: selon le projet de mandature, la dette de Bordeaux Métropole a doublé et dépassé 2 milliards d’euros. L’objectif affiché est de ramener la capacité de désendettement à 9 ans d’ici 2032, contre 10,7 ans fin 2025, avec une baisse des dépenses de fonctionnement de 3 % en 2027 puis de 5 % d’ici 2032. Traduction simple: tout ne passera pas. Les grands choix devront être classés, financés, parfois abandonnés.
Les premières décisions disent déjà quelque chose de la méthode: pas de choc fiscal à l’installation, mais une attention immédiate aux services de base. Les taux de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères sont reconduits, avec un produit attendu de près de 108 millions d’euros en 2026. La taxe destinée à la gestion des milieux aquatiques et à la prévention des inondations reste fixée à 9,7 millions d’euros, pour 10,4 millions d’euros de dépenses prévues. Ce n’est pas spectaculaire. C’est pourtant là que commence une mandature métropolitaine: financer les déchets, protéger les secteurs exposés, tenir les services sans promettre que l’argent suivra tout seul.
Le dossier des mobilités donnera vite la mesure du nouveau pouvoir. Le RER métropolitain bordelais n’est pas une idée vague: le projet a été le premier à recevoir le label national de “service express régional métropolitain”, dans une politique qui compte désormais 26 territoires labellisés. À Bordeaux, la Métropole annonce 175 millions d’euros de participation aux aménagements, dont 130 millions pour les infrastructures ferroviaires et 45 millions pour le matériel roulant. L’enjeu n’est pas seulement d’ajouter des trains. Il faut connecter rail, bus, cars express, vélo, parkings relais et communes périphériques. La voie réservée aux bus sur la rocade relève de la même logique: la mobilité du quotidien se gagne par des chaînes complètes, pas par des morceaux brillants mais isolés.
L’eau sera l’autre dossier à suivre de près. La nouvelle mandature promet un plan de détection et de réparation des fuites, la récupération des eaux de pluie et une ambition forte sur le recyclage des eaux usées traitées. Sur ce point, Bordeaux touche un vrai retard français: moins de 1 % des eaux usées traitées sont réutilisées en France, contre 14 % en Espagne, environ 8 % en Italie et 86 % en Israël. Si la Métropole passe de la promesse à l’équipement, ce ne sera pas un supplément écologique. Ce sera une manière très concrète d’économiser l’eau potable pour les usages qui en ont vraiment besoin.
La nouvelle présidence sera jugée sur des résultats simples: choisir, financer, coordonner et livrer. Respecter les communes sans perdre l’échelle métropolitaine. Réduire les dépenses sans abîmer les services. Accélérer les mobilités sans empiler vingt-huit politiques locales. Faire de l’eau une priorité mesurable. C’est moins confortable qu’un discours d’installation. C’est aussi comme cela que Bordeaux Métropole peut redevenir lisible pour ses habitants.