Une offre peut être disponible, un candidat motivé, et l’embauche ne jamais se faire. Pas à cause du CV, mais parce que le trajet ne tient pas: bus trop rare, horaires décalés, voiture en panne, permis trop cher, formation inaccessible sans solution de retour.
C’est ce frein que vise l’appel à projets 2026 de France Travail Nouvelle-Aquitaine sur la mobilité des demandeurs d’emploi. L’appel est désormais clos, avec une mise en œuvre prévue à partir d’avril. En Gironde, l’enjeu n’est donc plus de savoir qui peut candidater, mais ce que ces accompagnements vont réellement changer pour les personnes suivies par France Travail.
Le dispositif finance des actions de diagnostic et d’accompagnement, avec une enveloppe régionale de 700 000 euros et une prise en charge possible jusqu’à 80 % des dépenses éligibles. Il ne s’agit pas d’une aide automatique versée aux particuliers. L’argent doit soutenir des structures capables d’aider un demandeur d’emploi à identifier ses freins, construire un plan de déplacement réaliste, trouver une solution temporaire ou durable, puis tenir dans la durée.
Le besoin est important. En 2025, France Travail recensait 800 000 demandeurs d’emploi déclarant une contrainte personnelle liée à la mobilité en France. En Nouvelle-Aquitaine, plus de 84 000 personnes signalaient ce frein en janvier 2026, dont près d’un tiers de moins de 26 ans et environ un cinquième vivant dans un quartier prioritaire, c’est-à-dire un secteur urbain où les difficultés sociales sont plus fortes.
En Gironde, le problème change de visage selon les territoires. Dans la métropole bordelaise, le réseau de transport offre davantage d’options, mais les zones d’activité, les horaires tôt le matin ou tard le soir et le coût du quotidien continuent de compliquer certains recrutements. Hors métropole, la question se pose souvent plus directement: sans voiture fiable, certaines offres restent théoriques.
Les chiffres de l’Insee donnent l’échelle du problème: en milieu rural, un actif sur deux parcourt au moins 13 kilomètres pour aller travailler. Ce n’est pas énorme avec un véhicule, une assurance payée et des horaires réguliers. Cela devient vite bloquant quand il faut financer le carburant, réparer une voiture, passer le permis, organiser une garde d’enfant et rentrer après un service du soir.
Des solutions existent déjà dans le département. À Bordeaux, Wimoov accompagne des personnes vers le permis, les aides financières, la location sociale ou le covoiturage. En Sud-Gironde, T-CAP oriente vers le transport à la demande, les taxis solidaires, l’auto-école sociale ou la location à tarif réduit. À Cenon, l’auto-école sociale D-Place aide des publics en difficulté à préparer le permis avec un cadre adapté.
Ces initiatives montrent que la mobilité vers l’emploi ne se résume pas à ajouter une ligne de bus ou à financer un plein d’essence. Il faut parfois combiner plusieurs leviers: apprendre à utiliser un réseau, louer un scooter quelques semaines, réparer une voiture, obtenir une aide au permis, adapter un horaire d’entretien, ou sécuriser les premiers jours d’une prise de poste.
C’est là que l’appel à projets peut être utile, à condition de rester concret. Une bonne action ne se mesure pas au nombre de dispositifs empilés, mais au nombre d’entretiens honorés, de formations suivies jusqu’au bout et de postes conservés après la première semaine.
La Gironde n’a pas un seul problème de mobilité. Elle a des réalités différentes entre Bordeaux, le Médoc, le Bassin, la Haute-Gironde, le Libournais ou le Sud-Gironde. Mais le point commun est clair: quand le trajet devient réaliste, une offre d’emploi peut enfin devenir un vrai poste.